Veckatimest


Un album de sorti en chez .

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Nul doute que cette année a été, est et sera celle des « attendus au tournant ». Pour vous situer l’affaire, au tout début de l’histoire de l’ours il n’y avait qu’Ed Droste et Christopher Bear qui avaient enfanté, « Horn Of Plenty » (réédité avec des remixes en 2006). « Yellow House » où s’ajoutent Chris Taylor et le génial […]

Nul doute que cette année a été, est et sera celle des « attendus au tournant ». Pour vous situer l’affaire, au tout début de l’histoire de l’ours il n’y avait qu’Ed Droste et Christopher Bear qui avaient enfanté, « Horn Of Plenty » (réédité avec des remixes en 2006). « Yellow House » où s’ajoutent Chris Taylor et le génial Daniel Rossen sort en 2006, et l’engouement pour Grizzly Bear prend. Dans un genre un peu particulier qu’est le folk expérimental agrémenté de quelques pétages de plombs rock, le quatuor de Brooklin a réussi l’impensable : convaincre Warp de signer une formation qui n’est pas électro. Face au succès de « Yellow House », le groupe sort en 2007 « Friends EP », regroupant des remixes et inédits.

Chœurs lointains, arpèges en écho, batterie en retrait, chansons alambiquées qui se meuvent en petites berceuses, voici ce qui caractérisait jusqu’à présent leur univers. Department Of Eagles lancé parallèlement, a permis à Daniel Rossen (avec Fred Nicaulaus) de canaliser une certaine idée de la pop bricolée, sans pour autant s’installer dans un schéma classique de couplet/refrain, dont chaque membre de ce collectif poilu semble s’interdire. « Veckatimest » sort donc dans ce contexte particulier, puisqu’il été largement leaké avant sa sortie, et que le buzz a rapidement pris avec le single Cheerleader. Sur ce deuxième album Grizzly Bear est allé chercher des sons plus pop-rock, désarticulés, avec l’introduction d’effets très travaillés.

Dès l’introduction de Southern Point on se croirait dans une série des années 60, on est propulsé par une mélodie où la guitare raisonnent comme les battements de cœur d’un homme poursuivi en pleine ville. Rapidement ce morceau surprenant monte en puissance, via le dialogue sans fin entre une basse, des effets de batterie haletants, et quelques violons timides. L’expérience Department Of Eagles a fortement marqué le groupe (ce qui a déjà été ressenti avec l’excellente Deep Blue Sea présente sur la compilation Dark Was The Night). Les compositions ont incontestablement gagné en puissance, en portée, et en accessibilité à en juger par Two Weeks plutôt convaincant dans ses mélodies lumineuses et entraînantes (me rappelant beaucoup l’intro de Snakes Got A Leg III de Sunset Rubdown), ce qui étaient moins évident sur « Yellow House ». Grands amateurs des chansons à deux temps, souvent inversés, on retrouve ces étrangetés comme All We Ask ou la superbe Fine For Now, qui prennent tout leur sens après plusieurs écoutes attentives. On en arrive à Cheerleader, qui laisse penser par sa basse et sa batterie vives qu’on va passer un pur moment de pop, alors que le titre s’avère être assez loin de ses promesses et profite de cette ambiance d’entre deux eaux pour apaiser nos âmes. Suivent quelques écorches biscornues comme Dory qui glisse tranquillement vers une mélodie monstrueuse et effrayante, sortie de nulle part, et ne manquera pas de vous enfoncer un peu plus dans votre siège. About, Face, ou encore While You Wait For The Others et I Live With You donnent au ballon Grizzly Bear plus d’altitude. Le tout se finissant sur une balade magnifique au piano (Foreground).

Avec cet album, sorte de délire freak-folk doté de bruitages fascinants pouvant rebuter au premier abord, Grizzly Bear ne faillit donc pas à sa réputation. La voix de Daniel Rossen et son sens de la mélodie, arrivent à convaincre, il règne un foutoir qui sent parfois la composition sur l’oreiller, sans vrai fil conducteur, mais les mélodies prendront du temps pour s’installer dans vos têtes et coeurs. « Veckatimest » est donc un album à prendre avec des pincettes, à écouter plusieurs fois avant de se déclarer, à savourer, tant il déploie au fil des écoutes des nappes de sons passionnantes et des effets épidermiques inattendus. Il est probablement un album difficile à appréhender, tantôt trop fort, tantôt trop froid, nous laissant nager dans la plus grande incompréhension. Cet disque est surréel, surprenant, insupportable puis génial. La musique n’est peut être pas toujours faite pour être décodée avec exactitude ? C’est ce qui forge souvent les grands disques.

Chroniqueur

Tracklist

  1. Southern Point
  2. Two Weeks
  3. All We Ask
  4. Fine For Now
  5. Cheerleader
  6. Dory
  7. Ready, Able
  8. About Face
  9. Hold Still
  10. While You Wait For The Others
  11. I Live With You
  12. Foreground

La disco de Grizzly Bear