Une des voix les plus envoûtantes de la musique américaine revient vous prendre dans ses filets.

Des voix féminines charmeuses voire ensorcelantes, dans la musique pop, on pourrait en citer beaucoup. Pourtant, s’il fallait en sortir une du lot, celle de Hope Sandoval serait une bonne candidate. Pas forcément parce qu’elle a la plus belle, ça, c’est affaire de goût, mais qui mieux qu’elle a autant imprimé une marque ? Car, Hope Sandoval, plus qu’une voix, c’est une variation sur le même thème. Des premiers albums de Mazzy Star dans les années ’90 à aujourd’hui, la belle s’est fait accompagner de divers musiciens, qui se sont tous vus offrir pour mission de tresser de longs morceaux langoureux ou vaguement inquiétants, sur lesquels elle venait poser sa voix sans jamais la forcer, préférant exclusivement le charme vénéneux aux émotions fortes. David Roback et ses guitares dissonantes chez Mazzy Star, les frères Reid (Jesus & Mary Chain) à la charnière des années 2000, entre autres, quand la belle s’est lancée sous son nom propre, Colm O Ciosoig, batteur de My Bloody Valentine, sur ce nouvel album.

“Until The Hunter”, comme ses prédécesseurs, déroule donc sur près d’une heure un programme immuable : onze morceaux en tempo lent, à l’instrumentation parfois réduite à l’essentiel (le banjo de A Wonderful Seed), ou alors un peu plus fournie (une guitare électrique tranquille, des balais sur les fûts d’une batterie sur Let Me Get There, qui s’agrémente en outre de la voix de Kurt Vile pour un bel échange tout en sérénité), quelques lignes de violon par instants (The Hiking Song) et c’est à peu près tout. Si on veut légèrement pinailler, on reconnaîtra que certains moments, notamment en milieu d’album avec Day Disguise ou Treasure, tout en torpeur, ronronnent gentiment sans être bouleversants, ce qui est également constitutif de l’oeuvre de Hope Sandoval mais, dans le même élan, il faut souligner qu’on ne tombe jamais dans le purement décoratif. Mais surtout, sur les morceaux les plus inspirés, avec une palette de subtiles nuances, Hope Sandoval et ses acolytes de luxe offrent de purs moments de spleen et de rêveries éveillées. La pureté de la mélodie et des accords de guitare du magnifique Salt Of The Sea qui tire vers le blues, le long et tortueux Into The Trees qui flirte avec la dissonance en ouverture, la délicatesse de Let Me Get There, l’envoûtant A Wonderful Seed qui s’écoute comme un conte musical.

En véritable maîtresse de cérémonie, Hope Sandoval, en plus d’être une voix, montre ce que signifie être une chanteuse. Car il ne suffit bien sûr pas d’être dotée d’un bel organe pour se prévaloir du titre. Hope Sandoval, elle, adopte tour à tour tour, l’air de rien, tous les registres : tout en épure sur Salt Of The Sea, la diction se fait plus aléatoire, plus incertaine sur Into The Trees, elle prend quasiment l’auditeur par la main pour se faire narratrice sur A Wonderful Seed, adopte une intonation cristalline mais sans surenchère pour se mettre au diapason de Kurt Vile sur Let Me Get There, se fait plus légère sur Isn’t It True. Et cette capacité à sans cesse remettre sur l’ouvrage le même schéma, sans lasser ou si peu, depuis tant d’années, fait de Hope Sandoval une artiste qui a le don rare de nous faire croire que le temps s’est arrêté.

Rédacteur en chef

Tracklist

  1. Into the Trees
  2. The Peasant
  3. A Wonderful Seed
  4. Let Me Get There
  5. Day Disguise
  6. Treasure
  7. Salt of the Sea
  8. The Hiking Song
  9. Isn’t It True
  10. I Took A Slip
  11. Liquid Lady