Zen Arcade


Un album de sorti en chez .

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Que « Nevermind » ait, en 1991, totalement changé la donne et créé une déflagration sur la musique populaire américaine, mondiale, ne fait aucun doute. Le lecteur averti saura déjà aussi qu’il serait inexact de présenter le second album de Nirvana comme une éclosion soudaine et sans précédent. Sonic Youth, les Pixies avaient déjà abattu les premières […]

Que « Nevermind » ait, en 1991, totalement changé la donne et créé une déflagration sur la musique populaire américaine, mondiale, ne fait aucun doute. Le lecteur averti saura déjà aussi qu’il serait inexact de présenter le second album de Nirvana comme une éclosion soudaine et sans précédent. Sonic Youth, les Pixies avaient déjà abattu les premières cloisons séparant le rock expérimental de l’acceptation du grand public… Mais d’autres groupes jouent un rôle prépondérant dans le développement de ce pan du rock américain des eighties : les Replacements de Paul Westerberg, bien entendu, mais aussi et peut-être surtout Hüsker Dü, mené par Bob Mould et Grant Hart. Au sein de sa brève existence, le trio aura réussi à créer un alliage insensé entre la rage du punk hardcore et l’élégance mélodique de la pop et à construire une discographie aussi riche qu’essentielle, au sein de laquelle le double album « Zen Arcade » fait figure de pierre angulaire – un disque aussi essentiel pour qui veut comprendre l’évolution du rock indépendant américain que « Sister » de Sonic Youth.

De nombreuses légendes courent au sujet de « Zen Arcade », la moindre n’étant certainement pas celle selon laquelle l’album aurait été enregistré en 4 jours à peine et presque intégralement en premières prises. L’écoute de l’album ne permet pas de contredire cette légende, tant le son, brouillon, sourd, brut, et l’interprétation, teintée d’urgence et pleine d’approximations, révèlent un enregistrement en forme de course contre la montre. Hüsker Dü enchaîne des titres brefs à un rythme haletant, comme luttant contre un implacable compte à rebours et cette urgence palpable, alliée à une volonté farouche de tester de nombreuses idées, explique probablement beaucoup de l’impact qu’a eu cet album où l’on sent le trio en pleine mutation.

Cette mutation, visible, palpable, est ce qui rend « Zen Arcade » passionnant. Hüsker Dü affiche clairement certaines influences et montre notamment l’enracinement profond du hardcore dans la tradition punk américaine initiée par les Stooges : avec ses handclaps et ses soli de guitare déglingués, Turn On The News paie clairement un tribut au groupe de Detroit. Beaucoup de titres sont encore dans la veine brutale du premier album, bien d’autres montrent déjà l’inspiration panoramique de Bob Mould et Grant Hart. Les déflagrations frappent très fort et ce dès le premier titre de l’album (Something I Learned Today), tandis que les incursions dans de nouveaux domaines montrent une écriture élégante et racée (Never Talking To You Again, Chartered Trips, Pink Turns To Blue). On a déjà mentionné la production, assez brute de décoffrage et manquant visiblement de moyens : il faut reconnaître que cette qualité sonore déficient dessert parfois le propos, en rendant quasi inaudibles certains titres. On conseille d’ailleurs aux néophytes de commencer la découverte d’Hüsker Dü avec d’autres albums, plus accessibles.

Bien sûr, comme toute œuvre majeure de défrichage artistique, « Zen Arcade » n’est pas exempt de défauts. Certaines chansons font clairement office de temps morts, les expérimentations sonores sont plus décoratives que réellement utiles. Le morceau de clôture, Reoccurring Dreams, instrumental brutal de près d’un quart d’heure, laisse imaginer l’intensité que pouvait déployer le groupe en live mais s’avère bien lassant. De plus, la longueur de l’album et l’enchaînement, en milieu de parcours, d’une série un rien fatigante de sprints bruitistes (Beyond The Threshold, Pride, I’ll Never Forget You), en rendent délicates l’écoute d’une traite : c’est peut-être paradoxal mais si « Zen Arcade » est de toute évidence l’album le plus important d’Hüsker Dü, il n’est certainement pas le meilleur. Tous ces essais, même maladroits parfois, révèlent la créativité d’un groupe qui représente à la fois le paroxysme d’un punk rock violent et binaire et l’ouverture incroyable vers de nouveaux horizons musicaux. C’est peut-être ainsi plus par ce qu’il révèle que par ce qu’il démontre (la maîtrise du groupe sera bien plus impressionnante sur les albums ultérieurs) que « Zen Arcade » demeure une des œuvres majeures des années 80. La suite de la discographie d’Hüsker Dü verra le style du groupe s’affiner, les expérimentations faire progressivement la place à l’instauration d’une personnalité propre et l’écriture se faire de plus en plus rigoureuse.

Chroniqueur
  • Publication 354 vues15 avril 2012
  • Tags Hüsker DüSST
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Tracklist

  1. Something I Learned Today
  2. Broken Home, Broken Heart
  3. Never Talking To You Again
  4. Chartered Trips
  5. Dreams Reoccurring
  6. Indecision Time
  7. Hare Krsna
  8. Beyond The Threshold
  9. Pride
  10. I'll Never Forget You
  11. The Biggest Lie
  12. What's Going On
  13. Masochism World
  14. Standing By The Sea
  15. Somewhere
  16. One Step At A Time
  17. Pink Turns To Blue
  18. Newest Industry
  19. Monday Will Never Be The Same
  20. Whatever