I Me Mine - Ellipsis

Ellipsis


Un album de sorti en chez .

8

Second album du trio toulousain, toutes voiles psyché dehors.

“Ellipsis” est un album important, qu’on le veuille ou non. D’abord parce qu’il confirme, après les débuts du groupe en 2015, après Grimme l’an dernier ou encore le retour de Concrete Knives en ce début d’année que la France ne fait plus de complexes et est capable de produire des groupes qui assument leurs influences et leur filiation sans tomber invariablement, comme c’était le cas avant, dans la deuxième division de la pop. Et “Ellipsis” est aussi un album important parce qu’il interroge directement notre rapport à la modernité. Car il est évidemment aisé de cantonner I Me Mine dans la catégorie des groupes nostalgiques en mettant en avant leur nom emprunté aux Beatles ou leur goût pour les albums construits sur le concept Face A/Face B, comme ils nous l’expliquent dans l’interview qu’ils nous ont accordée. Sauf que voilà, Tame Impala, grande influence revendiquée du trio, est considéré depuis quelques années comme une figure de proue de la pop grand angle, capable de convoquer le passé pour mieux le transcender, et que le marché du vinyle ne s’est jamais aussi bien porté. En d’autres termes, construire un album en ayant en tête les auditeurs qui vont déposer la galette sur la platine et la retourner à mi-parcours, c’est tendance.

Bref, avec tout ça, les Toulousains avaient toutes les cartes en main pour se faire couvrir de louanges et plus encore s’ils passaient le cap du second album avec dextérité. L’entrée en matière, via Here Comes The Man, est d’emblée une collision entre époques et genres, le souffle psyché de la mélodie étant soutenu par un chant au vocoder qui rappelle furieusement la french-touch du temps de sa “splendeur”. Pour tout dire, ce n’est pas forcément plaisant, peut-être justement parce que l’emploi du vocoder est devenu tellement connoté qu’il peut hérisser. Néanmoins, le ton est donné et la machine lancée. Et, dès Aviator, on est sur les bons rails : chant choral, couplets bien troussés, ruptures de rythmes, le morceau est imparable et ouvre l’orgie pop. Sûr de sa force, ou du moins de ses intentions, le groupe enchaîne sereinement avec le solaire single Expectations, son featuring aux claviers signé Hervé Salters et sa petite ritournelle sifflée déjà bien imprimée dans les consciences qui devrait être reprise avec bonheur lors des concerts à venir du groupe.

Mais si enchaîner les refrains vite identifiables et légers peut déjà en soi constituer une raison d’être, pour exister sur la longueur, donner vie à un contenu plus épais, moins évident de prime abord mais qui donne envie d’y revenir durablement, de découvrir petit à petit de nouveaux aspects, aller au-delà est essentiel. C’est ce qu’ébauche I Me Mine avec Raise Them Up qui démarre sur un simple accord de piano, bifurque sur quelques accords de guitare qui rappellent Foals avant un final en choeur du meilleur effet, avant d’enfoncer le clou avec le magnifique Elephant In The Doorway, ballade élégiaque qui ne se refuse rien avec ses méandres de cordes presque outranciers qui pourtant convainquent totalement tant ils sont en phase avec une ambition qui ne se cache pas et un véritable talent de composition. Dans la foulée, sur Parachutes, le groupe complexifie sa palette sonore en faisant cohabiter petits accords de guitare, gimmicks electro et notes de piano et joue davantage sur le “climat” du morceau plutôt que chercher la mélodie imparable, instillant une ambiance subtilement plus mélancolique. En fin d’album, le trio s’offre avec Feel un autre morceau de bravoure via un chant plus grave, une construction plus classique en crescendo léger et une emphase parfaitement maitrisée et, une fois encore, de très beaux arrangements. Avec “Ellipsis”, I Me Mine fait davantage que passer l’examen du second album. Faisant fi de ceux qui ne feront que voir dans leur musique un catalogue d’influences, le groupe ne perd pas son temps à tenter de décoller les étiquettes mais prend au contraire le parti de tout assumer pour aller plus loin. Ce qui ne manque pas de panache.

Rédacteur en chef

Tracklist

  1. Here Comes the Man, Pt. 1
  2. Aviator
  3. Expectations
  4. Up to You
  5. Raise Them Up
  6. Elephant on the Doorway
  7. Parachutes
  8. Once
  9. Here Comes the Man, Pt. 2
  10. Feel

La disco de I Me Mine

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