Travaux Sur La N89


Un album de sorti en chez .

8

La réinvention perpétuelle.

Dieu sait qu’il génère la passion (pros contre antis) le Monsieur Murat, depuis des années. Décalé comme personne, l’artiste arpente depuis presque 40 ans le paysage musical français. Mais à l’instar des Thiéfaine ou Lavilliers (de sa génération), notre ami défriche une jachère, retourne parfois sur ses pas et repart dans la direction inverse. Le sommet lui importe peu, ce qui l’intéresse , c’est le sol et tout ce qu’il peut y faire fructifier.

« Travaux Sur La N89 » fera sans doute office, à l’oreille de de l’auditeur lambda, d’un des opus les plus expérimentaux de Murat. Ode aux synthétiseurs, boîtes à rythmes syncopées et autres vocoders, oui, l’artiste prend le contrepied de sa dernière production en date, « Morituri« .

D’un point de vue sémantique, même combat. On se trouve davantage dans une nébuleuse métaphorique où le but est d’installer une ambiance, pas un discours. La Vie Me Va, par exemple, fera étalage d’aller-retours incessants sur la même phrase à l’image des escapades instrumentales. Dieu sait qu’il sera compliqué de coucher une logique dans les textes, même si ceux-ci auront, à chaque moment, un vrai sens. C’est bien en cela que Murat excelle sur cet énième opus. Il se dégage de celui-ci un vrai/faux amateurisme, un vrai/faux esprit d’ébauche. De fait, bien que sur une écoute succincte on perçoive mal la consistance, chaque instant du disque paraît tout à fait à sa place. « Travaux Sur La N89 » ressemble à un jeu de (fausses) pistes. Le disque s’apprivoise comme une relation amoureuse se crée, on oscille continuellement entre décrochage et sentiment d’être aimanté par une force qui nous dépasse.

Voilà donc ce qu’est « Travaux Sur La N89 », une sorte de femme fatale, sauvage, qui demande de la patience et de l’implication pour s’ouvrir. Typiquement, le disque entrera dans la catégorie des albums qui se redécouvrent à chaque écoute, si tant est que l’on en aie le courage.

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