The Milk-Eyed Mender


Un album de sorti en chez .

Originaire de Nevada City, Californie, Joanna Newsom combine à sa façon unique une ambition gargantuesque et un talent insolent. Ceux qui veulent exprimer leur dédain quand au succès de la belle n’ont qu’a perpétuer l’idée qu’elle n’est qu’une petite prétentieuse, alignant jusqu’à dix-huit morceaux pour plus de deux heures de musique sur "Have One On […]

Originaire de Nevada City, Californie, Joanna Newsom combine à sa façon unique une ambition gargantuesque et un talent insolent. Ceux qui veulent exprimer leur dédain quand au succès de la belle n’ont qu’a perpétuer l’idée qu’elle n’est qu’une petite prétentieuse, alignant jusqu’à dix-huit morceaux pour plus de deux heures de musique sur "Have One On Me" (2010). D’autres se plaignent de sa passion pour un univers médiéval excentrique ("Ys", 2006), même s’ils sont prêts à reconnaître la grandeur de ce disque dont le titre le plus long dépasse seize minutes. Au temps de "The Milk-Eyed Mender", la deuxième pomme de l’arbre après "Yarn and Glue" (2003), qui opérait davantage comme une introduction à la personnalité de Newsom, la gracieuse de Nevada City sera adorée ou détestée pour sa voix.
 
Folle, enfantine, à l’image de la chanteuse au visage poupin. Mais on aurait tort de focaliser son attention sur le seul timbre de cette voix, même si c’est sur "The Milk Eyed Mender" un élément essentiel pour l’originalité et le caractère du disque, ce que la suite confirmera. Rien de tel que cette première somme pour s’éprendre du cri fluté de Newsom. Mais il ne faut pas ignorer son jeu de harpe, ni son talent à créer des moments d’apesanteur, de félicité radieuse, à vous donner des frissons. C’est ce que, j’espère, elle saura toujours faire ; quand à son dernier (triple) disque, je suis maintenant rassuré.
 
Pour ce qui est du jeu de harpe, Newsom combine magies celtiques, africaines et américaines et en forme des comptines de longueur moyenne – on sent déjà à travers Sadie ou This Side of the Blue que Newsom a parfois besoin de davantage de temps pour dérouler son ménage – mais à la structure pourtant déjà aventureuse. La tradition a cours aussi ; Three Little Babes est la reprise d’une chanson Appalachienne. C’est délicat, complexe, galopant, éthéré, comme issu d’une inspiration naturelle – pourtant Newsom est sans doute extrêmement travailleuse. Elle donne à son instrument l’expressivité d’un ensemble, à ces pièces les atours d’une musique de chambre un peu rugueuse.

Elle fait une musique qui lui correspond totalement, gracieuse effigie, un peu énigmatique aussi, en passe de devenir une icône – lorsque l’imagination collective s’emparera de tous les éléments qui la composent ; féerie, anciennes légendes, amour romantique, imagerie foisonnante. Son travail ajoute à la riche imagerie du mouvement folk ouest-américain, des atours originaux, racés, séduisants, sauvages, bien loin des conventions qui concernent le folk. Sa voix ajoute à cette trame inédite une exubérance débridée, finalement attrayante, enjôleuse, voire magique sur le refrain de Bridges and Ballons.
 
C’est son attachement à certains jolis et désuets artefacts fait, en premier lieu, son art. S’il y a un endroit où l’on peut au mieux se rendre compte de ce genre d’affection, c’est les pochettes de ses disques, illustrations d’un bric-à-brac sentimental et, qui, de plus en plus, sert de message d’avertissement ; le corbeau pour "Ys" ou le paon pour "Have One On Me"… Dimension dramatique et flamboyance ne sont ici qu’en gestation, encore bridés par une écriture plus ludique qu’épique. Mais le résultat est, en un seul mot qui fait Newsom de pied en cap, harpe comprise, coincée entre les genoux ; charmant.

Chroniqueur
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La disco de Joanna Newsom