M:FANS – Music For A New Society


Un album de sorti en chez .

7

M:FANS ou l'auto remix version John Cale.

En une seule anecdote, tout John Cale est présenté : trop aventureux musicalement, John Cale a quitté un Velvet Underground trop étriqué pour ses aspirations expérimentales. Multi-instrumentiste tout droit sorti du conservatoire, notre homme a produit « Horses » de Patti Smith, les Stooges et bien d’autres grands noms, a joué moult instruments pour Brian Eno ou plus récemment, Agnes Obel. Oui, John Cale est un homme respectable et respecté dans l’undergound.

1982, John Cale sort le bien nommé « Music For A New Society », un opus reconnu à l’époque pour ses vertus futuristes et iconoclastes. Aérien sans être particulièrement épuré, l’album trouvait son identité dans les cordes harmoniques et froides comme dans les mélodies marquées par une science de l’accentuation, celle-là même qui fera office de rythmique. Cette production de l’époque s’inscrivait dans une période de la vie où l’artiste était hanté par les blessures que certaines relations perdues attisaient. La démarche du projet M:Fans avait pour « simple » but de réouvrir ce chapitre à la lumière des plus récentes pratiques de compostions de John. Néanmoins, malgré l’avancement du projet, le décès d’un dénommé Lou Reed poussera l’artiste à repenser complètement sa relecture. De fait, cet événement trouvant une résonance plus que déstabilisante avec son état d’esprit de l’époque, John Cale repartira de zéro avec un nouvel angle, l’urgence et la colère.

Dès les premières secondes du Prelude, les outils musicaux sont clairs, le sample et le numérique. Non sans rappeler paradoxalement un son de l’époque début 80’s, celui de This Mortal Coil, l’album démarre réellement avec la première nouvelle version de If You Wer Still Around, tout en apesanteur, bercée par une voix numérisée, en détachement total. Le son se fera plus épais par la suite, toujours très synthétique mais soutenu par des rythmiques plus lourdes et des digressions numériques plus marquées . Thoughtless Kind, sera lui la première rupture avec son agressivité (instrumentale) ostentatoire, le synthétiseur est répétitif et dérangeant, et les arrangements studio n’ont qu’un but, marquer la colère, tout cela contrasté par la voix, égale à elle-même, élégamment lointaine.

Entre mix DJistes, un Broken Bird poignant joué pratiquement au seul piano et essais vocaux désarmant, John Cale va décliner son effort initial dans un tout autre contexte, personnel et professionnel. En cela, malgré notre incrédulité initiale sur une telle entreprise, on ne peut que reconnaître l’intérêt de celle-ci. Très dense en matière de production, l’album est particulièrement varié, explore nombre de pistes dont on ne peut jamais présager de l’issue, sans jamais entamer la beauté directe des compositions initiales. A cet effet, nous nous sommes livrés au petit exercice de fusionner les deux albums, accolant à chaque morceau initial son pendant 2016. Et bien, à l’écoute de cette playlist, il est frappant de noter que, malgré la parfaite consistance de celle-ci, à aucun moment on ne ressent d’aspect répétitif. Les titres initiaux, plus épurés et articulés sur les accentuations mélodiques, se trouvent contrastés par leurs gémeaux moins fragiles, symbolisant cet abord des mêmes blessures, le désespoir et la perte de repères face à la colère.

Démarche particulièrement captivante que celle de John Cale, ceci n’étant pas fait pour nous surprendre,  « M:Fans – Music For The New Society » est avant tout un bon album, notamment pour les adeptes des productions studio aux arrangements complexes. Mais la saveur de l’oeuvre s’étoffe d’autant plus par le jeu de miroir qu’on peut lui imposer avec son grand frère.

S’il ne devait en rester qu’un titre : Chinese Envoy.

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La disco de John Cale