On This Dark Street


Un album de sorti en chez .

Autant être honnête : Kevin Tihista était pour nous jusqu’ici totalement inconnu au bataillon. On apprend pourtant facilement que l’homme a derrière lui un parcours assez long – parcours qui s’est déroulé avec une belle constance dans l’ombre et l’anonymat, probablement à cause d’une timidité maladive l’empêchant de défendre ses albums sur scène. C’est comme […]

Autant être honnête : Kevin Tihista était pour nous jusqu’ici totalement inconnu au bataillon. On apprend pourtant facilement que l’homme a derrière lui un parcours assez long – parcours qui s’est déroulé avec une belle constance dans l’ombre et l’anonymat, probablement à cause d’une timidité maladive l’empêchant de défendre ses albums sur scène. C’est comme toujours accompagné de sa « terreur rouge » que Tihista nous revient pour un album nous parlant d’une « rue sombre » : après autant d’années passées loin des feux de la rampe, se ruer sous les lumières des projecteurs n’est pas encore à l’ordre du jour.

Si la susdite « Red Terror » fait envisager une approche musicale musclée, dissipons d’emblée l’ambiguïté : il est question ici de folk, de pop, de belles mélodies mélancoliques, d’arrangements soyeux, de guitares boisées… Autant de caractéristiques qui évoquent immanquablement une litanie de références parfois écrasantes. Cela fait bien longtemps qu’il ne suffit plus de placer quelques notes de violoncelle en contrepoint d’un joli picking de guitare pour remporter la mise. L’inspiration n’est pas qu’une question d’instrumentation ; même l’intimisme le plus forcené a besoin d’âme, de souffle et de ce côté, Kevin Tihista comble toutes nos attentes avec ce « On This Dark Street » simplement magistral.

L’entame de l’album donne le ton et fait se succéder Taking It To The Streets (Again), sec et brut, et un second titre, Bats, qui se place dans un registre de pop très sophistiquée, riche en arrangements. Les couches sonores s’y superposent (harmonies vocales, parties de guitare doublées à la tierce…) sans que l’ensemble s’alourdisse. C’est même le contraire : plus les nappes s’accumulent, plus le morceau semble prendre son envol pour atteindre une légèreté éthérée très émouvante. La suite confirme ces excellents augures en alternant des compositions très pop, très anglaises (Country Road) et des complaintes folk souvent déchirantes. Musicalement, le comble de la sobriété et de l’élégance est atteint sur les grandioses In Dreams et I Heard A Voice sur lesquels les parties de guitares atteignent un équilibre rare entre évidence et beauté, chaque note semblant totalement nécessaire, à sa place. On soulignera d’ailleurs que tout l’album ravira les amateurs de six-cordes avec des arpèges et des harmonies d’une rare pertinence.

L’accent très clair de Tihista facilite la compréhension de ses textes qui ont visiblement fait l’objet d’une attention toute particulière. Le Californien nous offre ainsi des couplets assez intrigants, parfois drôles (« désolé, j’ai dû arracher la couverture de ton roman de Jack Kerouac, il fallait vraiment que je me mouche » sur Jack K.), parfois franchement glauques (Don’t Let Him In). Ce dernier morceau, narrant une terrible histoire de violence domestique, permet aussi de saisir une des facettes de l’art de Tihista qui s’inscrit dans une certaine tradition du songwriting américain. On pense ainsi au Lou Reed de The Gift ou de « Berlin », un conteur quelque peu théâtral, fasciné par les bas-fonds, jamais très loin d’Hubert Selby Jr.

On ne connaissait pas Kevin Tihista et l’on avait tort. « On This Dark Street » fait partie de ces albums qui survivent à toutes les comparaisons, qui transcendent leurs influences pour affirmer un talent hors du commun. C’est ce qu’on appelle un grand disque.

Chroniqueur

Tracklist

  1. Taking It to the Streets (Again)
  2. Bats
  3. Jack K
  4. N. Carolina
  5. In Dreams
  6. Micky
  7. Teenage Werewolf
  8. Don't Let Him
  9. I Heard a Voice
  10. Country Road

La disco de Kevin Tihista's Red Terror