Soul Retrieval


Un album de sorti en chez .

Des origines de son nom – oui, elle serait la descendante des frères Grimm ! (à qui l’on doit d’avoir rassemblé et restauré certains des contes les plus chargés de charmes et de symboles de toute la littérature) – jusqu’aux détails d’une enfance communautaire dans les montagnes de Géorgie, Larkin Grimm est une curiosité qui […]

Des origines de son nom – oui, elle serait la descendante des frères Grimm ! (à qui l’on doit d’avoir rassemblé et restauré certains des contes les plus chargés de charmes et de symboles de toute la littérature) – jusqu’aux détails d’une enfance communautaire dans les montagnes de Géorgie, Larkin Grimm est une curiosité qui ne cesse, de surcroît, de croiser la route de personnages aussi étrangers qu’elle à la banalité. Michael Gira, du groupe Swans, est déjà une chose. Mais que penser de cette Kelly Donohue, une sculptrice qui utilise les visions provoquées par les infusions psychotropes colombiennes Ayahuasca pour leur donner corps dans l’argile ? 

Et enfin, s’il faut prouver que Grimm est bien New-Yorkaise et non plus recluse dans les sauvages montagnes des Appalaches, vient sa dernière rencontre : John Perkins, l’auteur d’un best-seller, "Confessions of an Economic Hitman". Perkins, un type de Wall Street qui se fit soigner par un chamane lors d’un voyage en Equateur. Seulement, le chamane déclara que, désormais, la vie de Perkins lui appartenait, et le prit comme apprenti. Perkins finit par organiser des cérémonies chamaniques dans les centres de formation des entreprises. Ces enseignements furent le point de départ de "Soul Retrieval". « 2012 est supposé être le moment où le cœur et l’esprit des hommes trouvent leur équilibre, explique Grimm. « Une façon pour les gens de trouver cette balance, ce sont ces cérémonies que l’on appelle Soul Retrievals. Vous recherchez des pièces de votre âme qui ont été perdues, pour essayer de vous rendre plus fort, meilleur, encore plus égal à vous-même. » Elle redonne à des croyances devenues clinquantes une drôle de sobriété. Cela grâce à son regard particulier, enthousiaste, son épanouissement de mère. Voir une personne d’obédience aussi mystérieuse étaler sa vie privée sur Facebook, depuis la naissance de son bébé il y a plusieurs mois, signifie que le réseau social a de beaux jours devant lui. 

Les sessions pour l’album ont été bouclées en deux jours en compagnie de Tony Visconti. Grimm ne cesse de raconter sa relation avec le producteur mythique de David Bowie ou T. Rex, et comment sa reprise de She Was Born to Be My Unicorn scella leur collaboration (Visconti étant responsable de la production de la version originale de Marc Bolan). Grimm nous rappelle qu’avant le glam-rock, Bolan enregistrait de l’acid folk. 

"J’ai écrit toutes les chansons, et j’ai fait de nombreux arrangements. J’ai choisi tout les musiciens moi-même », commente Grimm. De fait, l’album s’inscrit dans la lignée folk étonnante du précédent "Parplar" (2009). Flûtes, basse, harpe et guitare constituent l’ossature des morceaux. 

Paradise and So Many Colors est sans doute la meilleure chanson enregistrée par Larkin Grimm à ce jour ; on la croirait échappée d’une comédie musicale, tant elle rayonne de ravissement charmant et fonctionne sans arrière-pensée. Flash and Thunder Came to Earth sort quant à elle la grande métaphore, du genre « The seed that you plant/will grow up strong and kind », pour un résultat moins convainquant mais toujours enjôleur. C’est un tableau passé, saisissant parfois : « Flash of starlight spinning in the dirt. » Without a Body or a Numb and Useless Mind prend la cérémonie du Soul Retrieval à cœur, sur une mélodie vive, menée par un accordéon – l’instrument traditionnel des Appalaches. C’est une de ces chansons profondément personnelles et très abouties qui émaillent tout album de Larkin Grimm. Sur la ballade The Road is Paved With Leaves, celle-ci n’a jamais aussi bien chanté. Un tel morceau laisse penser qu’elle pourrait avoir une belle carrière dans un registre blues. La langueur est de mise, avec « Nothng to worry about/ everything is fine » au refrain, et les Shoo bi doo-doo-doo aaaah… pour finir. 

Avec Be a Great Burglar, l’album change d’ambiance. Une mélodie médiévale évoque C.O.B. et Comus, la corde acid-folk est pincée et les thèmes tournent à la séduction et au sacrifice. « Now be couragous/jump into his bed/tear off your clothes and pin off his head/He’ll probable kill you/Isn’t that great ? ». Grimm redevient la sorcière de Parplar et maintient ce registre inquiétant dans les chansons suivantes. Sur Lying in a Pool of Milk
« dans le vide de ton esprit/Dans l’espace entre tes yeux. » Elle jette un sort, posant sa main sur votre front, vous laissant confus, arrachant les pièces superflues de votre âme, selon les règles de la cérémonie. Jusqu’à la fin et l’onirique I’m Not Real, elle semble poursuivre son propre mystère, et cela sans pleinement convaincre. « I’m not real/you’re not real to me/You could be anywhere/I could be anywhere with you ».

Chroniqueur

Tracklist

  1. Paradise and So Many Colors
  2. Flash and Thunder Came to Earth
  3. Without a Body Or a Numb and Useless Mind
  4. The Road Is Paved With Leaves
  5. Be a Great Burglar
  6. Dirty Heart Dirty Mind
  7. Lying in a Pool of Milk
  8. Hello Pool of Tears
  9. I Am Not Real

La disco de Larkin Grimm