Devilish FantaZiäh


Un album de sorti en chez .

En France, l’heure est au rock à cravate et coupe de cheveux au cordeau, avec en ligne de mire évidente les Strokes et Franz Ferdinand, ou à la chanson intimiste sous le haut patronage des grands anciens Dominique A et Miossec. A contretemps, à contrepied, Goo Goo Blown (le bonhomme) joue crânement la carte d’une […]

En France, l’heure est au rock à cravate et coupe de cheveux au cordeau, avec en ligne de mire évidente les Strokes et Franz Ferdinand, ou à la chanson intimiste sous le haut patronage des grands anciens Dominique A et Miossec. A contretemps, à contrepied, Goo Goo Blown (le bonhomme) joue crânement la carte d’une originalité bienvenue. Riffs métalliques contre violons ou flûtes, lyrisme échevelé, structures alambiquées, Goo Goo Blown ne craint pas l’emphase, et s’embarque volontiers sur des morceaux épiques où les références s’entrechoquent.

Le groupe s’ingénie à créer des ambiances entre féerie inquiète et noirceur tourmentée. Même lors des moments les plus calmes, la tempête n’est pas très loin, et la tension ne retombe jamais réellement (Fantaisie Démonacale). Les textes, eux, perpétuent l’ambiguité et jouent sur un surréalisme tordu qui évoque souvent l’univers de Tim Burton. Mélodies en colimaçon, harmonies vocales cubistes, cordes délicates en lutte avec une rythmique tumultueuse… sur ce "Devilish FantaZiäh", comme dans "L’Etrange Noël de Monsieur Jack", les plus belles poupées sont garnies d’asticots.

Certes, "Devilish FantaZiäh" n’est pas totalement exempt de défauts. On regrette ainsi parfois les limites, notamment dans les aigus, d’une voix sur les voltiges de laquelle reposent pourtant certains morceaux (Les Anges sont de Fausses Blondes). Les titres les plus rentre-dedans sont finalement les plus réussis (I’ve got my own private killing company for assisted suicides (Corporate And National Death Yard) ou Subaquachaotik Warriors).

Mais si elle n’est pas toujours payante, la prise de risque est ici maximale. On saura donc gré à Goo Goo Blown d’avoir le courage de ne pas cachetonner en rentrant dans un rang bien pâlichon. Goo Goo Blown (le bonhomme) est un sniper posté à découvert en milieu d’une plaine. Face à une armada de rockers aussi aventureux que des sénateurs shootés à la tisane, Goo Goo Blown prend la tangente et nous offre un rock doté d’une réelle personnalité, complexe et attachante. Rien que pour ça, on les suivra les yeux fermés.

Chroniqueur