Pochette Lea Porcelain

Hymns To The Night


Un album de sorti en chez .

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Premier album d'un duo qui a distillé l'attente avec habileté.

Une année musicale porte toujours des caractéristiques. Parmi celles de 2017, il y a le fait que certains artistes éditent leur premier album alors qu’ils font parler d’eux depuis un moment. En soi, c’est plutôt réjouissant. En effet, depuis l’apparition du téléchargement et du streaming comme modes de diffusion dominants, on pouvait déplorer que l’album, qui était jusque-là le format de référence et la preuve qu’un groupe ou un artiste disposait de la maturité et du talent nécessaires pour proposer une “oeuvre complète” aboutie, avait cédé la place à la “consommation” de titres uniques jetés en pâture sur le web sans grand souci de cohérence. Le premier tour de force de Julien Bracht et Markus Nikolaus est de réconcilier ces deux pôles. Out Is In, Bones, Warsaw Street et Similar Familiar ont ainsi été lancés au compte-gouttes depuis plus d’un an et ont installé le duo parmi les révélations dont on attendait la consécration à la sortie de ce fameux premier album. Mais rien n’a été fait au hasard, bien au contraire, car cet album, en pratique, existe depuis plusieurs mois, justement. Conséquence, si, d’entrée, on y retrouve les quatre titres déjà nommés, ce n’est en rien parce que le duo a fait preuve de paresse en ajoutant quelques morceaux à ceux déjà publiés mais plutôt parce qu’il a préféré se dévoiler petit à petit. Et, aujourd’hui que tout le monde trépigne d’écouter enfin “Hymns To The Night”, entendre à la suite cette petite brochette de titres déjà connus frappe par sa puissance et sa pertinence. Car Lea Porcelain, c’est une idée bien arrêtée, un son et une ambiance.

L’idée est clairement dans l’air du temps : donner vie à une musique libre, synthèse de l’expérience des deux compères, qui doit autant à la musique de club qu’à la volonté de privilégier une véritable instrumentation en live. En résulte un son qui s’appuie sur une ligne de basse puissante, qui n’est pas sans rappeler les meilleures heures de The Cure ou Joy Division et des nappes synthétiques brumeuses et denses. L’ambiance, c’est la sensation de se promener dans une ville, qui pourrait être Berlin, lieu de résidence et de travail de Lea Porcelain, de préférence de nuit (le titre de l’album est assez limpide), en état plus ou moins second, comme à la sortie d’une soirée à la fois éreintante et euphorisante. Cerner la formule, c’est une chose, mais l’incarnation qu’en donne le duo sur “Hymns To The Night”, c’est une autre dimension, c’est peu de le dire. Car cette formule, Lea Porcelain la délaye tout au long de l’album, sans la moindre baisse de régime, en offrant tout le prisme des possibles. Il y a d’abord la production, absolument impeccable, qui donne une présence et une force exceptionnelles à leurs titres. En plus des basses, des percussions martiales et des nappes synthétiques, le chant, alangui et d’une justesse indéniable, termine de donner une identité totale au duo. Un duo qui en outre, tout en tenant de bout en bout à son emphase et à son mid-tempo, évite complètement la redondance. On passe ainsi de l’urgence et du magma grondant de Out Is In à l’émotion de A Year From Here, de l’intensité de Similar Familiar à la descente douce-amère de Remember, on s’émerveille de l’intervention d’un piano sur White Noise qui vient donner un trait de beauté à l’ensemble avant The Love qui, sans sortir du schéma, avec ses accords et son chant habité, s’approche de la transe. “Hymns To The Night” est le point d’orgue de la rencontre entre deux musiciens qui ont intuitivement senti qu’ils devaient travailler ensemble, une oeuvre d’une maîtrise qu’on ne rencontre que rarement et le splendide sommet de la première moitié de cette année musicale. Bonne chance pour le surpasser.

Rédacteur en chef
  • Pas de concert en France ou Belgique pour le moment

La disco de Lea Porcelain