pochette lp

I’m A Harmony


Un album de sorti en chez .

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Suite du renouveau de la carrière d'une icône oubliée.

Le retour de Linda Perhacs en 2014 avec “The Soul Of All Natural Things” tenait à la fois de la belle histoire (la chronique dudit album à l’époque de sa sortie vous relate tout si jamais vous êtes passés à côté) et de la vraie claque tant le disque nous avait bluffé par sa qualité et son auteure scotchés par la pureté et la jeunesse de sa voix en dépit de ses 70 printemps (et dès les premières mesures de Winds Of The Sky, vous ne vous douterez pas que la dame en affiche désormais 73). Il y a trois ans, rien ne disait néanmoins que Linda Perhacs était partie pour se lancer pour de bon dans une nouvelle carrière et beaucoup se seraient contentés de ce joli coup de panache et d’en rester là pour ne rien gâcher. La publication de “I’m A Harmony” tient donc en partie du coup de poker, geste une nouvelle fois suffisamment courageux pour être relevé.

Sur la forme, “I’m A Harmony” s’inscrit seulement en partie dans les pas de son précédent album. Julia Holter est toujours là pour seconder Linda Perhacs et inscrire son folk dans une certaine modernité, versant expérimental quand le titre éponyme se déploie sur huit minutes où s’étalent diverses sonorités et vocalises. Autant le dire tout de suite, ce n’est pas ce qu’il y a de plus réussi sur l’album et le titre traîne un peu en longueur. Mais, sur d’autres titres plus ramassés, davantage portés par une instrumentation organique, une dimension légèrement psychédélique s’installe, sans non plus que les morceaux tombent dans un passéisme qui renverrait illico Linda Perhacs à ses premiers pas dans les années ’70. S’il fallait trouver une limite à ce qu’on entend, ce serait plutôt la dimension new-age, autrement dit musique classe et soignée sur la forme mais qui a du mal à s’imprimer et à sortir de son côté “lounge”, un brin décoratif. C’est ainsi ce qu’on peut éprouver sur un titre comme The Dancer. C’est finalement quand elle s’inscrit dans les pas de Kate Bush (son nom revient fréquemment comme référence évidente dans les sorties de ces dernières semaines), qu’elle séduit : au tableau d’honneur, on inscrira Eclipse Of All Love, Winds Of The Sky, le fragile Beautiful Play.

“I’m A Harmony” n’évite donc pas quelques écueils et n’atteint pas les sommets insoupçonnés de “The Soul Of All Natural Things”. Mais, il fait sortir Linda Perhacs de son statut d'”icône de l’ombre” enfin révélée au grand jour pour la ramener à celui plus banal d’une artiste qui tente, réussit parfois, rate à d’autres. Paradoxalement, c’est sans doute ce à quoi elle a toujours aspiré. Elle aura seulement mis 47 ans pour y arriver.

Rédacteur en chef

La disco de Linda Perhacs