A Church That Fits Our Needs


Un album de sorti en chez .

Septet de Caroline du Nord, Lost in the Trees y opère avec le détachement et la gravité d’un petit orchestre. Au centre du projet, le chanteur et guitariste Ari Picker, un homme spirituel rendu plus spirituel encore lorsque sa propre mère, dépressive et cancéreuse, mit fin à ses jours. Pas d’abandon de vocation pour Picker, […]

Septet de Caroline du Nord, Lost in the Trees y opère avec le détachement et la gravité d’un petit orchestre. Au centre du projet, le chanteur et guitariste Ari Picker, un homme spirituel rendu plus spirituel encore lorsque sa propre mère, dépressive et cancéreuse, mit fin à ses jours. Pas d’abandon de vocation pour Picker, et même pas vraiment de pause, puisque deux ans à peine se sont écoulés entre "All Alone In an Empty House" (2010) et ce nouvel album. 

Aux émotions crues de "All Alone in an Empty House" – dont l’inspiration vint de l’enfance tumultueuse de Ari Picker, le divorce de ses parents et la dépression de sa mère – font écho les sentiments complexes de l’adulte capable de rendre un hommage et de commenter l’acte même de l’hommage. La pochette de "All Alone…" préfigurait déjà celle de "A Church…", avec cette mère à la beauté très Rennaissance, personnage sublime, absorbé, qui s’impose à l’auditeur comme une gravure sur la page d’un livre, et qui le prépare aux travaux de l’esprit. 

Dans son monde intime, Picker n’est pas seul ; le personnage maternel l’accompagne, prévaut parfois dans les sensations qu’il est amené à décrire. Comme dans un roman gothique, Picker ressent un fantôme. On a eu raison de comparer les conséquences de l’imaginaire de cet album au Château d’Otrante, un roman anglais du XVIIIème siècle. Comme dans un bon roman gothique, l’album est parfois exhubérant, surchargé, laissant penser que le drame dans le coeur de son auteur ne peut être contenu. 

« Quand vous grandissez avec des obstacles émotionnels, votre corps et votre esprit s’adaptent à cela, d’une certaine manière – vous apprenez à le gérer différemment. Quand J’ai appris sa mort, mon cerveau s’est libéré à la créativité. » Ari Picker tente de se dégager, tout en sentant qu’il ne pourra atteindre la sérénité sans se soumettre de toute sa force créative à son sujet. Il agit avec une volupté qui semble impossible à arrêter. Il a choisi de tout dire, ce qui est apparemment cause d’embarras au sein même de sa propre famille.

Neither Here Nor There démarre étrangement, sur une mélodie improbable, avant que ne se succèdent les harmonies dont la dimension, la richesse ne cesse de s’étoffer, rigoureusement conduites par d’astucieuses percussions. Une coda onirique est exécutée à la harpe. Icy River est une magnifique sérénade, dans laquelle la voix falsetto de Picker, aussi délicate et piussante que son sujet, est soulignée par celle d’Emma Nadeau. La guitare acoustique de Picker sert toujours de base, sur laquelle se repose toute la sophistication du groupe. Lost in the Trees nous prend par la main, nous proposant une expérience graduelle, comme sur The Dead Bird is Beautiful, une petite symphonie, encore guidée par une guitare illuminée, et bientôt traversée d’une voix féminine suspendue, lointaine. Débutant comme une marche funèbre au piano, Garden est une fresque explosive, à la fois austère et libérée. Pour parachever le plaisir d’écoute, il s’avère que Picker est passionné par les contrepoints d’orchestre  aussi de la musique classique.

Chroniqueur

Tracklist

  1. Moment One
  2. Neither Here Nor There
  3. Red
  4. Golden Eyelids
  5. Icy River
  6. Tall Ceilings
  7. Moment Two
  8. This Dead Bird Is Beautiful
  9. Garden
  10. Villain (I'll Stick Around)
  11. An Artist's Song
  12. Vines