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Un album de sorti en chez .

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"2" est en fait le premier véritable album de Mac DeMarco - allez comprendre. Toujours barré, le Canadien hausse son niveau de jeu. Ce n'est pas encore inoubliable mais, clairement, "il y a un petit quelque chose en plus".

Ce deuxième disque de Mac DeMarco est annoncé comme son premier véritable album – avec une toute petite demi-heure au compteur, il ne dure pourtant guère plus longtemps que le EP qui l’avait précédé, allez comprendre. Le caractère bien particulier du Canadien s’y affirme en tout cas une nouvelle fois. L’écoute est moins déstabilisante cependant : les chansons sont, cette fois, restituées « à leur vitesse réelle » (rappelons que Mac DeMarco avait trafiqué la vitesse des enregistrements de « Rock And Roll Night Club », les ralentissant pour leur conférer une sorte de torpeur malaisante). Sans se départir tout à fait d’un côté négligé et hirsute, les morceaux sont légèrement plus présentables. La guitare reste toujours fièrement désaccordée (les premières notes de l’album en témoignent vigoureusement) mais le soft-rock lo-fi de DeMarco, en gagnant quelques battements par minute, retrouve un peu de vigueur, se pare de couleurs moins hâves et par certains côtés développe une insouciance primesautière qui le rapprocherait d’une sorte de surf-music méchamment esquintée. Les arpèges de The Stars Keep Calling My Name ou Freaking Out The Neighbourhood s’insinuent dans le cortex de l’auditeur avec une efficacité vicieuse et l’on se retrouve rapidement à les siffloter à longueur de journée.

Reste que les thèmes abordés demeurent … disons particuliers : une ode à sa marque de cigarette favorite (Ode To Viceroy), une comptine à propos de meth (Cooking Up Something Good), des excuses adressées à sa famille pour les vidéos « particulières » que sa mère et sa tante auraient vues de lui en concert (Freaking Out The Neighbourhood) … Les propos contredisent quelque peu l’humeur décontractée de la musique et conservent l’aura légèrement malsaine qui caractérise le style de DeMarco. On croise même quelques airs plus nettement déprimés, comme ce My Kind Of Woman où la fragilité s’expose ouvertement, craquelant la surface de décontraction potache qui fait office de façade sur tout l’album. Les compositions restent un rien inégales mais on devine que DeMarco est déjà moins complaisant, plus exigeant avec lui-même. Le niveau global est plus soutenu que sur « Rock And Roll Night Club » et on ne trouve pas vraiment de « remplissage » parmi ces onze titres dont l’écoute passe très vite et en appelle toujours une autre : ce n’est pas encore grandiose de bout en bout mais on devine un véritable effort pour allier qualité d’écriture et personnalité décalée.

Mac DeMarco focalise beaucoup l’attention de la critique et de certains media, de sorte que l’on se retrouve à l’évaluer à l’aune de critères qui ne devraient pas s’appliquer en pareil cas. Ainsi, c’est presque avec une certaine déception que l’on doit se rendre à l’évidence : « 2 » est un bon disque mais il n’est en aucun cas inoubliable et DeMarco n’a pas encore livré d’oeuvre majeure. Faudrait-il lui en tenir grief ? Il n’y a après tout rien d’inexcusable à n’avoir pas écrit de chef-d’oeuvre en quelques mois à peine. C’est donc avec une patience bienveillante, sur la foi de quelques fulgurances et en tablant sur son extravagance, sur sa personnalité étrange et attachante que l’on continue volontiers à parier sur lui.

Chroniqueur

Tracklist

  1. Cooking Up Something Good
  2. Dreaming
  3. Freaking Out the Neighborhood
  4. Annie
  5. Ode to Viceroy
  6. Robson Girl
  7. The Stars Keep On Calling My Name
  8. My Kind of Woman
  9. Boe Zaah
  10. Sherrill
  11. Still Together

La disco de Mac DeMarco

Another One
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This Old Dog6
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