Salad Days


Un album de sorti en chez .

8

Sans demeurer au summum de sa créativité, Mac DeMarco poursuit sa belle ascension avec un deuxième album aussi efficace que surprenant. Du moins dans le texte...

Si ses deux premières livraisons lui ont permis de se faire une place parmi les artistes les plus en verve du moment, Mac DeMarco n’a semble-t-il pas encore déployé toute l’étendue de son immense talent. Sous-entendu, le montréalais d’adoption n’a pas encore livré le disque qui lui ouvrirait définitivement la voie du succès et qui, à la manière du cultissime « Inspiration Information » de son idole Shuggie Otis, traverserait les époques sans mordre la poussière. Lorsque son premier album « 2 » fut édité il y a deux ans, DeMarco avait alors choisi de délaisser son bric-à-brac et les bandes-sons asthéniques de son premier EP « Rock & Roll Night Club » au profit de compositions relativement plus conventionnelles qui, malgré un manque de constance sur la longueur, démontrait alors son désir de soigner ses élucubrations lo-fi et la pertinence relative de ses textes.

Dans sa quête du recueil incontournable, Mac DeMarco a mesuré sur ce deuxième effort toute l’importance qu’exige le songwriting pour remplir les critères du masterpiece. Oublié, les hommages à ses clopes fétiches, les excuses publiques à sa mère, les pitreries de l’adolescence et ses attitudes désinvoltes… Ses textes se parent cette fois d’une authenticité sans précédent, balayant à tour de rôle ses joies, ses doutes, ses réflexions sur l’avenir, la peur de la solitude, la rudesse de l’âge adulte ou encore sa vision étonnamment lucide du monde actuel. Visiblement, le garçon qui aimait jusque là se mettre à nu (au sens primitif du terme) dévoile enfin sa part de vérité, celle d’un homme se détachant peu à peu d’une carapace qui lui permettait jusqu’ici de se cacher derrière une multitude de personnages, sorte de prolongation volontaire du caractère ésotérique de l’insouciance. Finalement, l’amour éperdu qu’il porte à sa petite amie Kiera reste la seule donnée indissociable de ses précédents albums, et il lui dédie encore deux morceaux en amant éternel qu’il est, Let Her Go et Let My Baby Stay (I Was Made To Love Her/Been Working At It/Half Of My Life/I’ve Been Addict). Même si le teaser vidéo promotionnel de l’album reste dans la lignée d’un DeMarco en phase délirante, la grande force de ce deuxième album repose sur l’ouverture de son géniteur vers un songwriting introspectif, sensible et mélancolique, trois adjectifs qui ont de quoi provoquer l’étonnement de ses partisans comme de ses détracteurs.

Côté son, le flow nonchalant et les rythmiques décontractées font toujours parties intégrantes des compositions de Mac DeMarco. Mélange de soul et de soft-rock, celles-ci deviennent au fil du temps le sceau identitaire du canadien et gagnent clairement en régularité sur ce nouvel opus. Les titres introductifs Salad Days et Blue Boy sont marqués par un groove racé, typique du jeu de guitare de DeMarco, annihilant d’emblée toute forme d’innovation instrumentale. L’ensemble est harmonieux à n’en pas douter et les pistes s’imbriquent entre elles avec une fluidité d’écoute semblable à son premier LP. L’écoute de « Salad Days » se déroule le plus naturellement qu’il soit, sans avances ni retours, et tend même à relever de l’imparable lorsque jaillissent des morceaux à la saveur particulière, empreintes de rythmes irrésistibles comme étudiés pour mettre l’auditeur dans les meilleures dispositions (Passing Out Pieces et ses touches saturées de synthétiseurs, Treat Her Better Boy et son refrain aux riffs colorés, Jonny’s Odyssey…).

Malgré une trentaine de minutes plus qu’agréables, la prise de risques somme toute inexistante constitue l’unique déception de l’album. Si le morceau Chamber Of Reflection – par ses notes de clavier chaloupées et sa ligne de basse suave et sensuelle – fait office de délicieux intrus extrait du meilleur du slow jam des années 80, on aurait aimé entendre Mac DeMarco creuser davantage ce sillon et apporter une touche de nouveauté un peu plus franche, tandis que, musicalement parlant, ce dernier dispose certainement de plus d’un tour dans son sac. C’est d’ailleurs sous cet angle que le joyeux luron a encore beaucoup à prouver car, sous airs de geek débraillé prêt à faire marrer les foules, le garçon joue la prudence et n’a pas encore clairement décidé de se mettre en danger. En substance, seule l’évolution de son écriture échappe au coutumier, là où on ne l’attendait finalement pas. Autant dire qu’en ce qui concerne l’album imparable, et ce malgré un nouvel effort de très bonne facture, Mac DeMarco devra encore attendre son heure de gloire. Patiemment mais sûrement…

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  • Publication 475 vues24 avril 2014
  • Tags Mac DeMarcoCaptured Tracks
  • Titres recommandés Blue Boy Brother Let Her Go Let My Baby Stay Passing Out Pieces Chamber Of Reflection
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Tracklist

  1. Salad Days
  2. Blue Boy
  3. Brother
  4. Let Her Go
  5. Goodbye Weekend
  6. Let My Baby Stay
  7. Passing Out Pieces
  8. Treat Her Better
  9. Chamber Of Reflection
  10. Go Easy
  11. Jonny's Odyssey

La disco de Mac DeMarco

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