IMG_0325

Presents The Holy Strangers


Un album de sorti en chez .

9

Huitième album pour le discret folkman ténébreux.

Trois ans que Micah P. Hinson n’avait pas donné de nouvelles. Le temps pour lui peut-être de digérer une période difficile, qui l’avait vu craindre de ne plus pouvoir jouer de musique suite à un accident de la route, période finalement exorcisée dans son dernier album en date, entre urgence libératrice et morceaux dans la grande tradition du folk américain. Une tradition célébrée d’entrée de jeu sur ce nouvel album dans lequel on entre via The Temptation, instrumental apaisé, limite cozy, qui nous inviterait presque à prendre place dans notre meilleur fauteuil pour profiter au mieux du spectacle sonore qui s’ouvre à nos oreilles. Un peu plus loin, Micah P. Hinson pousse la tradition à la limite de la singerie quand il démarre Lover’s Lane d’un “one/two” à la Johnny Cash et trousse un morceau en trois minutes chrono qu’on jurerait sorti d’un tiroir de son glorieux aîné. Dans le même élan, il nous offre avec Oh, Spaceman un titre dépouillé à la poésie désabusée sur lequel vient se mêler à sa guitare acoustique quelques accords de violon et un discret accordéon en fond.

On pourrait rapidement en conclure que Micah P. Hinson récite ses gammes et se délecte d’être de retour dans sa zone de confort, mais on connaît trop bien notre homme, qui a déjà “réglé son compte” à ses figures tutélaires il y a sept ans avec “All Dressed Up And Smelling Of Strangers”, album de reprises à la fois révérencieux et profane, pour être à l’affût d’autre chose. De fait, c’est d’abord avec The Years Tire On, second instrumental de l’album, que Micah P. Hinson distille davantage d’ambition et de singularité. Les arrangements de cordes sont sobres mais superbes, la mélodie évanescente et envoutante, on vogue vers des horizons intemporels sans être hyper référencés. Puis, dans Micah Book One, notre homme se lance dans une longue élégie parlée mais égrenée d’une voix pure et délicate, portée par un petit accord et une rythmique toute simple. A priori, ça tient à pas grand-chose, mais une véritable magie se dégage de cette atmosphère légèrement mélancolique sans être d’une gravité affectée, on oublie toutes les références pour basculer dans l’univers intime de l’artiste, qui prolonge la magie sur The War, nouvel instrumental bouleversant porté cette fois-ci par un piano et des cordes pincées et un violon qui s’affole en fin de parcours. C’est d’ailleurs la spécificité de cet album puisque c’est avec The Awakening, encore un quasi-instrumental, qu’il livre une autre perle, quand The Darling, juste avant, revient à une forme plus “classique”.

Sur la fin d’album, le festival continue avec The Last Song, splendide ballade portée cette fois par un synthé stellaire, preuve s’il en est que Micah P. Hinson est un musicien de son temps ouvert à toutes les expérimentations, toutes les audaces. Evidemment, il reviendra encore une fois aux fondamentaux avec The Lady From Abilene, mais l’affaire est entendue. “The Holy Strangers” est une nouvelle réussite majeure pour Micah P. HInson, qui au passage ne s’est jamais loupé et est aujourd’hui à la tête d’une des oeuvres les plus accomplies des artistes en activité du paysage folk indé du moment, mais ça, il ne faut surtout pas lui dire. Micah P. Hinson veut, parfois jusqu’à la caricature, faire savoir d’où il vient, à qui il doit ce qu’il est, quitte à en rabattre sur son propre talent et sa singularité. Mais quand il les laisse s’exprimer sans brides, c’est magnifique.

Rédacteur en chef

Tracklist

  1. The Temptation
  2. The Great Void
  3. Lover's Lane
  4. The Years Tire On
  5. Oh, Spaceman
  6. The Holy Strangers
  7. Micah Book One
  8. The War
  9. The Darling
  10. The Awakening
  11. The Last Song
  12. The Memorial Day Massacre
  13. The Lady From Abilene
  14. Come By Here