Years of refusal


Un album de sorti en chez .

A bien des égards, beaucoup seraient enclins à dire que parler de Morrissey aujourd’hui est un exercice vain et inutile, tout ayant déjà été dit, en bien ou en mal, que ce soit pour l’attaquer, le défendre, et que cela ne changera rien : Morrissey aura toujours ses détracteurs, que ce soit pour ses albums […]

A bien des égards, beaucoup seraient enclins à dire que parler de Morrissey aujourd’hui est un exercice vain et inutile, tout ayant déjà été dit, en bien ou en mal, que ce soit pour l’attaquer, le défendre, et que cela ne changera rien : Morrissey aura toujours ses détracteurs, que ce soit pour ses albums ou sa façon d’être, et aussi ses fans prêts à tout lui passer. Dans tout cela il y a une part de vérité indéniable. Reste qu’aujourd’hui, Morrissey sort un nouvel album, "Years of refusal" et qu’accessoirement, un album ça s’écoute…

Sur le fond, sur "Years of refusal", Morrissey reste fidèle à lui-même. Dans les textes, il ressasse ses états d’âme : incapacité à nouer une relation durable, inévitable déchéance, confinement plus ou moins consenti. Sur ce point, il serait mal venu de s’offusquer, le mancunien ne faisant rien de plus ou de moins que tout artiste, qui met ce qu’il est dans son oeuvre. On pourrait même dire que ses albums sont un journal intime dont on tourne une nouvelle page à chaque fois. Ainsi, après la parenthèse "Ringleaders of the tormentors", qui l’avait vu entrouvrir la possibilité d’une sexualité découverte tardivement, ce nouvel album referme la parenthèse et le ramène à ses tourments de toujours.

Musicalement, l’album s’inscrit dans la veine "rock" qu’il avait ouverte avec "Your arsenal", mais surtout enfoncée avec "Southpaw grammar". Et là, évidemment, ça devient vite pénible. A de rares exceptions (Mama lay softly on the riverbed, I’m throwing my arms around Paris), où le groupe de bûcherons qui sévit derrière lui se calme un peu, on peut au minimum goûter sa voix, qui reste évidemment inimitable, même si les morceaux ne sont pas bouleversants.  Le reste du temps,  c’est la boucherie : guitares ronflantes immondes, batterie deux fois trop forte et toujours à contretemps… Alors certes, c’est pas nouveau. Mais puisque justement il nous a déjà fait le coup, il serait temps de se demander en quoi Morrissey trouve ce parti-pris viable. Car ce n’est pas le fait qu’il choisisse la forme de l’album rock qui dérange, car après tout, pourquoi pas ? Simplement, le groupe derrière lui ne joue pas, ne sait pas jouer, appelez-ça comme vous voulez…. Mais près de quinze ans après "Southpaw grammar", on ne peut pas croire que ce choix ne soit pas assumé.

Alors que faut-il en conclure ? Que Morrissey, qui n’a jamais été musicien, ne fait pas la différence entre un groupe qui joue juste ou non ? Pas très crédible. Qu’il se complait dans une forme qui aura d’avantage tendance à plaire à un public peu exigeant, qui aime avant tout que ça tape ? Possible. Ses albums seraient donc comme lui, toujours à hésiter entre les aspirations de tout un chacun et le besoin ou l’obligation d’assumer sa singularité, d’où sa carrière solo chaotique ? C’est  sans  doute l’hypothèse qui rend la sortie d’un tel album la plus acceptable. Ce qui ne veut pas dire y souscrire.

Rédacteur en chef
  • Pas de concert en France ou Belgique pour le moment

Tracklist

  1. Something Is Squeezing My Skull
  2. Mama Lay Softly On the Riverbed
  3. Black Cloud
  4. I'm Throwing My Arms Around Paris
  5. All You Need Is Me
  6. When Last I Spoke to Carol
  7. That's How People Grow Up
  8. One Day Goodbye Will Be Farewell
  9. It's Not Your Birthday Anymore
  10. You Were Good in Your Time
  11. Sorry Doesn't Help
  12. I'm OK By Myself