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Distant Sky (Live In Copenhagen)


Un album de sorti en chez .

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Un EP pour marquer une tournée forcément à part.

On ne vous fera évidemment pas l’affront de vous reparler une énième fois de ce qu’a vécu Nick Cave ces dernières années et si certains ne le savent pas encore, ils le découvriront par eux-mêmes. Partir en tournée après la publication de “Skeleton Tree”, sorti en septembre 2016, n’était tout simplement pas aussi évident que pour tous les albums précédents de l’Australien et de ses acolytes et les retrouvailles avec le public aux quatre coins du monde en 2017 et 2018 avaient forcément un parfum spécial. En publier un témoignage était donc somme toute logique, sans pour autant oublier que, niveau albums live, la discographie du grand Nick est déjà bien pourvue. Est-ce pour cette raison que “Distant Sky” n’est qu’un EP 4 titres, ça, on n’en sait rien. Il ne faut néanmoins pas oublier que le concert de Copenhague dont sont tirés ces quatre titre a été filmé et diffusé en intégralité en séance spéciale au cinéma. Ce qu’on sait, en revanche, c’est ce qu’on attend d’un live de Nick Cave, réputé à juste titre pour être un artiste qui ne s’économise jamais, donne tout sur scène et sait sans cesse renouveler son répertoire. Ce qu’on devine ensuite quand on voit les quatre titres retenus pour figurer sur “Distant Sky”, c’est la volonté de laisser une trace sincère : en effet, dès son apparition dans le répertoire de Nick Cave en 2013, Jubilee Street s’imposait comme un nouveau classique scénique. Distant Sky, titre à la fois bouleversant et lumineux extrait de “Skeleton Tree” était lui à même de témoigner de toute la charge émotionnelle que représentait cette tournée. Enfin, From Her To Eternity et The Mercy Seat sont deux indispensables, deux titres écoutés des milliers de fois par tous les fans de Nick Cave, interprétés un nombre incalculable de fois sur scène et dont la présence doit témoigner que le feu sacré habite toujours la troupe. Ca, c’est sur le papier, mais qu’en est-il à l’écoute ?

Jubilee Street, par sa structure en crescendo progressif, est un titre taillé pour la scène, facile, d’une certaine façon, à faire décoller et à terminer en cataclysme. Autant dire du pain béni pour Nick Cave et sa voix profonde et puissante et son groupe qui n’a aucun équivalent pour convoquer le chaos. Pourtant, et c’est là tout le génie de Nick Cave et de ses Bad Seeds, rien ne nous prépare au choc que constitue cette version. Sur la première moitié, l’instrumentation est mouchetée et laisse presque toute la place à Nick Cave, trop heureux de se faire conteur et d’envoûter son public avec ses inflexions graves, sinueuses et habitées. Et c’est quand on est complètement sous le charme et qu’on croit que la troupe a opté pour une interprétation tout en retenue que le morceau bascule au détour d’un “rugissement” de Nick Cave accompagné d’une salve de guitare soudain belliqueuse avant que la batterie n’embraye avec des coups furieux pour un final à couper le souffle extraordinaire, conclu par les clameurs d’un public en communion complète.

Distant Sky, comme on pouvait s’y attendre, est un sommet d’émotion. Là aussi c’est un choc car, après avoir entendu Nick Cave plus que jamais sûr de lui et toute voix dehors sur Jubilee Street, l’entendre attaquer les premières mesures du morceau d’une voix qui semble peiner à sortir, comme si soudain ses cordes vocales s’étaient transformées en pierre, est extrêmement poignant. Mais c’est bien l’émotion qui prédomine, pas un pathos excessif ou larmoyant, et la voix d’Else Torpe, qui vient prendre le relais de Nick Cave et crée, par son timbre limpide et céleste, un saisissant contraste, rend le morceau encore plus poignant. Et puis, comme pour dire que, coûte que coûte, la vie continue, un final instrumental serein et touchant, guidé par le violon de Warren Ellis, clôt la séquence.

Après cela, que dire de From Her To Eternity ? Comment expliquer qu’après trente-cinq ans, puisque c’est l’âge du morceau, le groupe puisse en faire un tel monstre ? Cette version est tout simplement une synthèse de tous les courants musicaux qui ont traversé le rock au cours de ces trois dernières décennies. Dissonances, saturations, scories indus, ruptures de rythme, absolument tout y passe et Nick Cave y campe à peu près toutes les figures du chanteur rock. A ce stade, il devient définitivement une icône.

En conclusion, The Mercy Seat, autre immense classique discographique et scénique, pourrait presque passer pour plus commun. Mais, du début à la fin, le magma sonore enfle, encore et encore, Nick Cave, tout en tenant la note, sans jamais forcer, passe d’octave en octave, et une fois encore, l’explosion finale est sublime et fait jaillir des sonorités qu’on ne saurait même pas définir et qui laissent pantois. Au final, “Distant Sky”, plus qu’un témoignage d’un moment particulier dans la vie et la carrière de Nick Cave, révèle le nouvel horizon que l’Australien s’est fixé pour vaincre perte et souffrance : l’éternité.

Rédacteur en chef

Tracklist

  1. Jubilee Street - Live in Copenhagen
  2. Distant Sky - Live in Copenhagen
  3. From Her to Eternity - Live in Copenhagen
  4. The Mercy Seat - Live in Copenhagen

La disco de Nick Cave and The Bad Seeds