Henry’s dream


Un album de sorti en chez .

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Côté pile, au moment de sortir « Henry’s dream », Nick Cave reste sur trois coups de maître qui l’ont définitivement imposé comme songwriter, avec un « Your funeral, my trial » qui revisitait le cabaret et l’expressionnisme, un « Tender prey » superbe d’équilibre entre avant-garde et tradition et « The good son », album en état de grâce, gorgé de mélodies insensées. […]

Côté pile, au moment de sortir « Henry’s dream », Nick Cave reste sur trois coups de maître qui l’ont définitivement imposé comme songwriter, avec un « Your funeral, my trial » qui revisitait le cabaret et l’expressionnisme, un « Tender prey » superbe d’équilibre entre avant-garde et tradition et « The good son », album en état de grâce, gorgé de mélodies insensées. Côté face, Nick Cave, exilé au Brésil depuis deux ans et par conséquent loin du tumulte et du bouillonnnement créatif de Londres et Berlin, vient de plus de connaître les joies de la paternité pour la première fois. Enfin, si « The good son » était immense, il s’apparentait à un album de rédemption pour des années d’excès, et on pouvait légitimement se demander si l’Australien n’allait pas doucement glisser vers un apaisement qui ne manquerait pas de se muer en embourgeoisement. Papa won’t leave you, Henry, qui ouvre l’album, indique que la venue au monde de son premier enfant l’a marqué. Mais l’univers dans lequel Nick Cave fait évoluer le Henry de la chanson indique aussi qu’au Brésil, sous les palmiers et le soleil, il n’a pas eu à gratter longtemps pour découvrir des aspects beaucoup plus flippants. En filigrane, comprendre par là que notre homme n’est pas prêt pour la vie pépère. Mais pas question pour lui de se faire chroniqueur social, ça, Nick Cave ne le supporte pas, son univers créatif a besoin de prendre le large, de se transporter. « Henry’s dream » adopte donc ce point de vue : celui d’un Australien qui a fait carrière en Europe, qui vit en Amérique du sud et a une passion pour les mythes et la musique du vieux sud des Etats-Unis.

« Henry’s dream », c’est un voyage fantasmé, mythomane, dans le vieux sud de Faulkner et de Robert Johnson,  où défilent des losers même pas magnifiques (Brother, my cup is empty) animés par la haine et la rancoeur (When I first came to town), des illuminés (Christina the astonishing), des pauvres types quasiment castrés (Jack the ripper), ou alors qui peuvent aller jusqu’à tuer quand la convoitise sexuelle les dévore (John Finn’s wife). Des thèmes qui sont aussi ce qu’on peut appeler le sang du blues, la quête ultime de Nick Cave. Musicalement, pour être en phase avec ces thèmes, être plus près de l’os, Nick Cave a demandé aux Bad seeds de jouer acoustique. Mais, choc des cultures oblige, allié à une volonté de ne pas se répéter, le groupe joue acoustique mais violent, tendu à l’image des guitares sur Papa won’t leave you, Henry, Brother, my cup is empty ou Jack the ripper. Un choix qui fait apparaître le groupe plus soudé que jamais, et il le faut car Nick Cave et son chant d’une intensité toujours plus impressionnante d’album en album tire la troupe derrière lui et l’exhorte à chaque titre à se dépasser.

Mais si « Henry’s dream » rompt avec la solennité de « The good son », comme toujours, les acquis sont bien là. En effet,  l’écriture est soignée et raffinée et même dans les moments les plus tendus, les mélodies font mouche. Et sur les moments les plus apaisés, Nick Cave démontre la confiance en son écriture et sa maturité en se lançant dans ce qu’on pourrait qualifier de jusqu’au boutisme mélodique. Straight to you, avec ses longues déclamations, son orgue et sa structure presque baroque, est ainsi une des plus belles ballades qu’il ait jamais écrit, au même titre que Loom of the land, dans un registre cette fois-ci beaucoup plus classique. Sur John Finn’s wife, il nous emmène même au cinéma, les cordes et motifs mélodiques soulignant les paroles qui font clairement naître la scène décrite devant nos yeux, jusqu’au paroxysme final que n’aurait pas désavoué Bernard Hermann. « Henry’s dream » est une nouvelle oeuvre majeure qui agrandit ancore l’aura de Nick Cave. C’est peut-être aussi l’album qui nous fait définitivement  comprendre que  pour lui, rien ne sera jamais impossible.

Rédacteur en chef
  • Pas de concert en France ou Belgique pour le moment

Tracklist

  1. There's a Musical Curse Over Swellview - From "Henry Danger The Musical"
  2. You'll Never Believe What Happened - From "Henry Danger The Musical"
  3. Ray Hates Musicals - From "Henry Danger The Musical"
  4. We Hate This Curse - From "Henry Danger The Musical"
  5. The Swellview Summer Market Fight - From "Henry Danger The Musical"
  6. That's Why You Have Us - From "Henry Danger The Musical"
  7. Meet Me Here Tonight - From "Henry Danger The Musical"
  8. Breaking News - From "Henry Danger The Musical"
  9. I Heard a Little Rumor - From "Henry Danger The Musical"
  10. Time for Lunch! - From "Henry Danger The Musical"
  11. The Want Song - From "Henry Danger The Musical"
  12. It'll Be Great - From "Henry Danger The Musical"
  13. The Bro Song - From "Henry Danger The Musical"
  14. More Breaking News - From "Henry Danger The Musical"
  15. The Fight Song - From "Henry Danger The Musical"
  16. The Cheesy Grand Finale - From "Henry Danger The Musical"

La disco de Nick Cave and The Bad Seeds