Push the sky away


Un album de sorti en chez .

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Evidemment, on pourrait voir la carrière de Nick Cave comme une éternelle gageure, l'Australien parvenant à nous épater et à nous surprendre à chaque album alors qu'il entame la quatrième décennie de sa carrière. Mais essayons quand même d'aller plus loin.

L’envie et le besoin d’avancer. Ca peut paraître une énorme banalité, et pourtant c’est le carburant premier de Nick Cave, celui qui fait que chacun de ses albums avec les Bad Seeds est un nouveau chapitre, une nouvelle pierre à un édifice jamais terminé. Nick Cave a également la chance d’être bien entouré. On en prendra pour preuve une déclaration de Jim Sclavunos, son percussionniste qui, à la fin de la dernière tournée de Grinderman en 2011, disait : “pour nous, maintenant, la priorité, c’est les Bad Seeds. Nous les avons trop longtemps négligés et nous sommes impatients de nous retrouver tous ensemble pour recommencer à faire de la belle musique”. Savoir que des types qui jouent ensemble depuis une bonne vingtaine d’années pour la plupart trépignent encore à l’idée de se réunir a quelque chose de poignant.

C’est aussi la clé de la fraîcheur du son des Bad Seeds qui, en outre, n’ont jamais, comme nombre d’autres groupes, été un club fermé. Au fil du temps, les membres ont changé, certains sont partis, d’autres sont arrivés, sans qu’il n’y ait jamais de querelle majeure qui fasse imploser l’ensemble. Cependant, à la rubrique des départs, le dernier en date, celui de Mick Harvey, qui était pour ainsi dire le bras droit de Nick Cave depuis ses débuts, aurait eu de quoi en ébranler plus d’un. Conscient qu’une telle personnalité ne se remplace pas au pied levé, Nick Cave a donc décidé de ne pas combler son absence. Conséquence, Mick Harvey tenait la guitare, “Push the sky away” n’en contient donc quasiment pas. De l’art de faire de ce qui aurait pu être un handicap un défi et une rupture avec “Dig, Lazarus, dig !” qui était au contraire très porté par les guitares. On retrouve également très peu de piano, instrument de prédilection de Nick Cave pendant longtemps, sur ce nouvel album, autre signe d’une volonté d’aller de l’avant. Mais Nick Cave ne croit pas à la révolution permanente. Chaque album doit avoir sa personnalité, être une entité propre, sans pour autant que les acquis des précédents soient balayés. “Dig, Lazarus, dig !” avait également bénéficié de l’apport de sonorités nouvelles, de boucles, qu’on devait surtout à Warren Ellis, et, cette fois encore, on les retrouve, de manière plus diffuse, que ce soit dans l’introductif We No Who U R, un peu plus loin dans Waters Edge, ou encore dans Push The Sky Away.

Les arrangements de cordes, très soignés sur l’ensemble de l’album, ne sont également pas sans rappeler le superbe travail de Nick Cave et Warren Ellis encore sur la B.O.F de “The assassination of Jesse James…” il y a quelques années. Enfin, on retrouve sur “Push the sky away” ce qui est pour ainsi dire l’ADN de Nick Cave : une interprétation dense, habitée, intense, une ambiance qui tire vers le blues, pas comme genre musical formel mais vers son âme. Ici, c’est un blues urbain, nocturne, introspectif. Tout cela fait de “Push the sky away” un album d’une très grande beauté, au sens propre et noble. On ne dit pas beauté parce que l’album est réussi, ni même parce qu’il se compose de morceaux calmes mettant les mélodies à l’honneur car ça, chez Nick Cave, il ne faut jamais complètement s’y fier. Mais une vraie beauté réside dans la simplicité de We No Who U R, la poésie élégiaque de Wide Lovely Eyes. Et quand l’ambiance se tend sur Waters Edge, où Nick Cave se glisse dans la peau d’un voyeur assistant à sa propre déchéance et martèle un implacable “And you grow old, and you grow cold”, des cordes viennent donner une beauté noire et saisissante à l’ensemble. Sur Jubilee Street, c’est le crescendo du morceau et son final libéré qui donne toute son ampleur à cette histoire de rédemption. Il en va ainsi jusqu’à la fin et ce Push The Sky Away dépouillé à souhait, porté par un orgue solitaire, fragile.

Cet album est également l’occasion pour Nick Cave de livrer une nouvelle leçon de chant. On pensait tout connaître des inflexions de sa voix grave, de sa diction de prédicateur et, bien sûr, tout est là. Mais la subtilité des arrangements sur chaque morceau, le parti pris de créer à chaque fois un climat sonore qui souligne et suggère plus qu’il n’enrobe laisse certes à Nick Cave le loisir de mettre sa voix en avant tout en le contraignant à une retenue, à une nécessité absolue de trouver le ton juste sous peine d’étouffer l’instrumentation et de tuer l’effet voulu.Résultat, on boit plus que jamais ses mots sur Waters Edge, et surtout sur Higgs Boson Blues, flot halluciné et hallucinant de pensées et réflexions en tout genre totalement magnifié par cette voix qui enfle et nous demande “Can you feel my heart beat ? “. A vous donner la chair de poule…

Rédacteur en chef

Tracklist

  1. We No Who U R
  2. Wide Lovely Eyes
  3. Water's Edge
  4. Jubilee Street
  5. Mermaids
  6. We Real Cool
  7. Finishing Jubilee Street
  8. Higgs Boson Blues
  9. Push the Sky Away

La disco de Nick Cave and The Bad Seeds