BOF Lawless


Un album de sorti en chez .

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Le cinéma a toujours été présent dans la musique de Nick Cave, notamment dans ses albums « mythomanes » comme « Henry’s dream » ou « Murder ballads », dans lesquels il se plaît à faire évoluer ses personnages dans une Amérique fantasmée avec un sens de la dramaturgie étudié. Que son ami John Hillcoat lui propose d’écrire le script et […]

Le cinéma a toujours été présent dans la musique de Nick Cave, notamment dans ses albums « mythomanes » comme « Henry’s dream » ou « Murder ballads », dans lesquels il se plaît à faire évoluer ses personnages dans une Amérique fantasmée avec un sens de la dramaturgie étudié. Que son ami John Hillcoat lui propose d’écrire le script et la musique de « Lawless » (« Des hommes sans loi » en français) film sur la prohibition aux Etats-Unis dans les années 1930, période qui a également vu se développer le blues, que Nick Cave vénère, ça ressemble donc a du pain béni. Mais c’est aussi un piège, notamment pour la musique, qui est ce qui nous intéresse ici. Car le risque était qu’à évoluer sur un terrain trop familier, trop balisé, il en sorte un résultat banal, déjà vu, sans grand intérêt.

Toutefois, si sur les autres B.O.F que Nick Cave et son inséparable comparse Warren Ellis ont déjà signées pour John Hillcoat, ils avaient écrit et interprété toute la musique, les deux compères ont cette fois changé d’angle en se posant davantage comme « metteurs en son ». Ainsi, pour l’occasion, ils ont recruté et formé un groupe éphémère, sobrement nommé The Bootleggers. L’écueil de tomber dans une interprétation académique et ronronnante est donc d’emblée écartée, le groupe ne pouvant sonner que « neuf » et eux-mêmes n’interviennent qu’avec parcimonie, avec quelques compositions originales et deux morceaux joués. Ensuite, quelques têtes d’affiche ont été conviées à la fête (Mark Lanegan, Ralph Stanley, Emmylou Harris), pour venir poser leurs voix sur des compos originales signées Cave/Ellis mais aussi Jason Lytle aussi bien que sur des reprises de Link Wray, John Lee Hooker où le Velvet Underground. Et c’est là que ce disque prend toute sa dimension : car si le blues est à l’honneur, ce qui a toujours motivé Nick Cave, c’est l’âme et le sang de cette musique. Pas question donc de basculer dans l’hommage étriqué et passéiste, le genre est vivant, compositions et interprètes d’hier et d’aujourd’hui peuvent cohabiter, sans restrictions.

Résultat, l’ensemble du disque est enlevé et totalement intemporel. Mark Lanegan, qui confirme ici une fois de plus qu’il est définitivement meilleur dans un rôle de chanteur que de songwriter, donne un relief spendide au décapant Fire And Brimstone de Link Wray, tout comme au White light/White Heat du Velvet. En contrepoint, Ralph Stanley, légende du bluegrass, à la voix chargée de whisky de contrebande (c’est de circonstance), offre lui aussi sa version des mêmes morceaux, quasiment a capella, et le résultat est à la fois bouleversant et intimidant. Seule présence féminine du disque, Emmylou Harris et sa voix céleste constituent le versant émotion du disque, et ce n’est pas un vain mot. Nick Cave l’a d’ailleurs bien compris et a avoué que c’était pour elle et sa voix que Warren Ellis et lui avaient écrit Cosmonaut, superbe ballade à la mélodie limpide. Il ne faut pas non plus passer à côté du So you’ll Aim Toward The Sky écrit par Jason Lytle, digne des plus grands moments de Grandaddy. Une fois de plus, Nick Cave réussit donc le pari de ne pas se répéter tout en creusant le même sillon, en se mettant totalement au service de la cause qu’il sert. Ce type ne cessera jamais de nous épater.

Rédacteur en chef
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