BOF Loin Des Hommes


Un album de sorti en chez .

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Nouvelle incursion des deux acolytes dans le monde du cinéma.

Les grands espaces inspirent Nick Cave et Warren Ellis. Si on excepte « Lawless », film de genre sur l’époque de la prohibition aux Etats-Unis dont ils ont signé la BOF, en adoptant d’ailleurs davantage un rôle de producteurs, c’est un point commun de tous les autres films dont ils ont écrit la musique : le bush aride de « The Proposition », les grandes plaines de « The Assasination Of Jesse James… », le vide post-apocalyptique de « The Road ». « Loin Des Hommes » a cette fois pour cadre le désert de l’Atlas. Autre point commun entre tous ces films, pourtant tournés par des réalisateurs aux origines diverses, l’intervention des hommes dans cette nature est toujours porteuse de violence.

Dès les premières notes de Far From Men, les deux musiciens sont sur leurs marques : le violon de Warren Ellis prend les devants avec quelques notes grinçantes, menaçantes, Nick Cave se réserve une brève intervention de sa voix la plus grave. Le ton est donné et reste le même sur l’ensemble des morceaux : pas de place ici pour les envolées lyriques, on est à l’os, dans une veine minimaliste qui frôle parfois l’expérimental, à l’image de The March, La sensation d’une menace sous-jacente derrière l’aridité et le soleil implacable est constante, tout comme la recherche d’une touche de douceur, qu’on trouve sur Berzina, au gré de petites notes de piano éparses, avec toujours beaucoup de retenue, tout comme sur Teacher’s Farewell. On glisse vers davantage d’émotion avec Farewell At Tinguit et son petit accord agrémenté de lignes de violon adoucies, puis sur Teacher’s Farewell. Mais toujours reste la sensation de fragilité, que rien n’est très rose et peut basculer encore plus avant dans le sordide, sensation, précisons-le, ressentie sans avoir vu le film.

De prime abord, cette BOF apparaît soit comme un exercice d’habillement des images à l’intérêt restreint sans les images, justement, soit comme le moins inspiré des travaux du duo. Pourtant, petit à petit, un charme vénéneux opère. Images ou pas, les compères s’y entendent pour créer un climat à nul autre pareil et imposer leur empreinte. Et toujours aller de l’avant est indissociable de leur démarche. Ce sont ainsi les boucles presque ambient de Dead Horse qui finissent pas vous envoûter, puis celles de Mountain Scramble, toutes ces sonorités intrigantes qui forment un tout, font naître un canevas sonore où silence et minimalisme deviennent une richesse, offrent poésie et beauté à Dust Storm. Nick Cave et Warren Ellis connaissent leurs bases, ne les renieront jamais, tout comme ils ne cesseront jamais de chercher, d’aller un cran plus loin. « Loin Des Hommes » en est une nouvelle preuve. Pas une preuve éclatante, mais exigeante.

Rédacteur en chef
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