BOF The Road


Un album de sorti en chez .

Illustrer l’errance d’un père et son fils dans un monde post-apocalyptique où la survie est l’enjeu de chaque instant, voilà, grossièrement, ce qui était demandé à Nick Cave et Warren Ellis, qui nous avaient livrés en avant-première quelques extraits de la bande originale de "The road" sur le récent "White lunar". On aura d’ailleurs pu […]

Illustrer l’errance d’un père et son fils dans un monde post-apocalyptique où la survie est l’enjeu de chaque instant, voilà, grossièrement, ce qui était demandé à Nick Cave et Warren Ellis, qui nous avaient livrés en avant-première quelques extraits de la bande originale de "The road" sur le récent "White lunar". On aura d’ailleurs pu mesurer à quel point on peut se tromper si on cherche à déterminer de quoi peut traiter un film si on se fie à sa musique, où à quoi peut ressembler sa musique si on connaît d’avance le sujet d’un film. 

Certains auraient par exemple bien imaginé une bande-son qui évoque le chaos, la tension permanente, la peur, etc… The house et son violon dissonant qui prépare le terrain pour une déflagration de guitares ou The cellar et ses boucles et percussions inquiétantes répondent d’ailleurs avec un tranchant impeccable à cet impératif d’illustrer le sordide et le dantesque de certaines images. Mais, dans son ensemble, les deux comparses ont choisi de se concentrer sur le fond, au sens large, plus que sur une simple forme. La musique devient ainsi l’évocation d’une solitude implacable, d’un quotidien aux buts réduits à une peau de chagrin, aux sentiments ténus, mais pourtant encore présents. C’est ce qui fait toute la beauté de pièces comme The road, avec ses longs accords de violon qui s’étirent dans une immensité désespérément vide, ou de Storytime, dans laquelle quelques notes de piano semblent ricocher sur un horizon sans lendemains. Les pièces les plus mélodiques, elles, telles The real thing, très soignée dans son dialogue entre les instruments et sa structure en mille-feuilles qui se développe petit à petit, ou The boy, hyper-touchante dans son dénuement, réchauffent un peu le coeur, mais sans jamais trahir la sécheresse et la retenue du propos. 

En outre, si on s’extrait un peu du concept de bande originale pour se concentrer uniquement sur la musique, on peut voir dans "The Road" toute la profondeur d’une relation entre deux musiciens. Car, même si plusieurs morceaux bénéficient de l’appui d’un orchestre (toujours très discret), rarement on aura senti de manière aussi flagrante le profond respect que Cave et Ellis doivent avoir l’un pour l’autre, l’osmose à laquelle ils doivent aboutir pour donner vie à leur musique. Car c’est aussi dans ses silences, dans les notes que l’un ou l’autre font, ou ne font pas, pour atteindre le juste équilibre, que cette musique prend tout son sens et sa pertinence. Nick Cave et Warren Ellis ont ainsi opté pour une approche peut-être plus solennelle que beaucoup l’auraient imaginé pour un tel film. Mais ces deux-là n’ont jamais eu pour habitude de suivre une voie déjà tracée. Ca, on le savait déjà, mais ça fait du bien de se le voir rappelé.

Rédacteur en chef
  • Pas de concert en France ou Belgique pour le moment