White lunar


Un album de sorti en chez .

De l’aventure Birthday party, puis de la création des Bad Seeds jusqu’à la fin des années ’90, Mick Harvey a été le "bras droit" attitré de Nick Cave, celui qui assurait la majorité du boulot au sein du groupe, celui aussi qui l’accompagnait dans chacun de ses projets parallèles, notamment l’écriture de B.O.F. Warren Ellis, […]

De l’aventure Birthday party, puis de la création des Bad Seeds jusqu’à la fin des années ’90, Mick Harvey a été le "bras droit" attitré de Nick Cave, celui qui assurait la majorité du boulot au sein du groupe, celui aussi qui l’accompagnait dans chacun de ses projets parallèles, notamment l’écriture de B.O.F. Warren Ellis, membre éminent des Dirty three, a lui intégré les Bad seeds en 1997, et la relation privilégiée qu’il a entretenue avec Nick Cave est depuis allée crescendo, culminant depuis 2005 avec l’écriture de diverses B.O.F, tandis que Mick Harvey prenait petit à petit du recul, se concentrait sur des projets personnels, et finissait par annoncer son retrait progressif des Bad Seeds l’an dernier, sans heurts ni différends. "White lunar", qui s’intéresse donc aux travaux de Nick Cave et Warren Ellis pour le cinéma et la télévision, serait donc en quelque sorte l’officialisation de ce passage de témoin. 

Car, dans son contenu, "White lunar" est un objet quelque peu bâtard puisqu’il compile extraits de "The proposition" et "The assassination of Jesse James…", B.O.F de films déjà parues, mais aussi de "The road", l’adaptation cinématographique du roman à succès de Cormac McCarthy. Sur le second CD, on retrouve des extraits de musiques réalisées pour divers documentaires qui n’avaient jamais eu droit à une parution sur disque. L’écoute du premier CD permet de saisir d’assez près la relation entre les deux musiciens et la "patte" qu’ils impriment à leurs B.O.F. Il y a d’abord bien sûr les instruments, le piano pour Nick Cave, le violon pour Warren Ellis, qui sont au coeur des compositions du duo, le reste de l’instrumentation venant se greffer dessus. Evidemment, le ton et les images des films "habillés" déterminent en partie l’ambiance des morceaux, mais la malléabillité du duo reste quand même évidente. Il y a ainsi, sur "Jesse James", une recherche mélodique poussée, proche de l’écriture de chansons, qui va privilégier de superbes envolées de cordes, comme sur le magnifique Song for Bob. Au contraire, sur "The proposition", les thèmes se font plus durs, plus lancinants. Même lorsque Nick Cave pose quelques accords vocaux, il adopte un chant grave et monocorde, pour faire ressortir la tension des images, comme sur le haletant The rider no 2, déchiré par des cordes grinçantes. Enfin, sur "The road" se révèle une fibre plus solennelle, plus classique dans son approche, plus austère parfois, mais tout aussi fascinante. On notera ainsi l’étonnant The beach, presque exclusivement interprété à la flûte, le très évocateur The journey, sur lequel les accords de piano reviennent encore et encore, tandis que le violon vient intensifier encore la charge dramatique. 

Le second CD, pour sa part, contient un matériau moins "noble", plus brut, comme l’expliquent les notes de pochette (élément parfois utile auquel la dématérialisation n’a pas trouvé de parade), puisque ce sont des pièces écrites pour des documentaires ou bien des "pistes de travail" du duo. On retiendra tout de même la capacité des deux musiciens à élaborer spontanément de petits morceaux intriguants et rarement anodins, tels Me nea ou Magma, qui épuisent toutes les ressources du piano et du violon pour créer de petits dialogues énigmatiques et touchants. En outre, cette volonté de montrer les "coulisses" de leur collaboration donne tout sa pertinence à ce projet, qui éclaire d’un oeil neuf l’état d’esprit de Nick Cave et Warren Ellis : cette volonté de partir des mêmes bases, de partir d’un point déterminé, de se servir des acquis, pour aller plus loin, aller de l’avant et creuser toujours plus profondément le sillon d’une musique qui se nourrit des images, mais qui est aussi capable d’en créer toute seule. C’aurait été un comble que le cinéma ignore ces deux-là.

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