The First Days Of Spring


Un album de sorti en chez .

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La douleur physique ou psychologique ne serait elle pas un puits d’inspiration sans fin pour un artiste, quelque soit son domaine d’activité ? Ne pensez-vous pas que les artistes qui chantent que la vie est belle deviennent profondément ennuyeux à la longue, et leur message et d’autant plus redondant ? Ce sont les émotions à […]

La douleur physique ou psychologique ne serait elle pas un puits d’inspiration sans fin pour un artiste, quelque soit son domaine d’activité ? Ne pensez-vous pas que les artistes qui chantent que la vie est belle deviennent profondément ennuyeux à la longue, et leur message et d’autant plus redondant ? Ce sont les émotions à fleur de peau qui font que l’homme s’arrache dans une performance. Ainsi je crois qu’un artiste ne peut être autrement qu’un écorché vif pour me séduire. Alors bien sûr, c’est réducteur, bien des artistes sont heureux, et heureusement pour eux, mais la possibilité d’une faille dans leur vie alimente leurs compositions.Charlie Fink est un homme qui a fini brisé d’une relation avec Laura Marling (ayant fait la première partie de la tournée de Neil Young) avec laquelle il partageait non seulement sa vie mais aussi son groupe Noah And The Whale. Fort de leur premier album, le groupe avait le vent en poupe, des ailes derrière le dos, le cœur remplit. Quoi de plus terrible qu’une rupture pour un homme qui a tout pour lui ? Quoi de plus inspirant et démoralisant ? C’est un peu ce double effet kiss-cool qui est à prendre avec des pincettes. Car bien des groupes se sont littéralement vautrés dans la réalisation d’un album qui parle d’amour à longueur de temps. Charlie a voulu faire de « The First Days Of Spring » qui sort cet automne (cherchez l’erreur), sa thérapie, et a entraîné tout son groupe dans cette drôle de mue de peau. Doublement dangereux donc. Oubliez les chœurs féminins, Charlie va chanter sa peine, ses espoirs, cette porte qui restera toujours ouverte pour sa bien-aimée qui l’a quitté (le maso). Une rupture amoureuse est un deuil, un apprentissage de la vie sans l’autre qui peut laisser l’impression d’être au bord d’un gouffre dans lequel on se jetterait bien. Mais là où Fink sublime la rupture, c’est que jamais son disque ne sombrera dans le pathos assourdissant, par tout simplement son envie d’aller de l’avant, de vivre. Ce disque au final est une reconstruction, un souffle de vie, le disque d’une guérison qui ne touche pas que les cœurs brisés. Il est toutefois nettement plus sombre que son prédécesseur, mais un cran au dessus, et brillant. Il m’aura fallu un peu de temps pour me retrouver dans le silence étrange de ce disque, où résonnent les grandes bouffées d’air, et le calme.Percussions lointaines et lourdes, offrent un démarrage magnifique pour The First Days Of Spring, une des chansons de l’année, qui par sa simplicité, l’écho dans les voix, la magie des violons et sa montée en puissance, envoie valdinguer tous les clichés de la rupture amoureuse (la glace crémeuse à la cuillère devant un film bidon par exemple). Suivent des titres bouleversants aux textes simples mais directs que son I Have Nothing et My Broken Heart, pour embrayer sur une pièce magistrale qui sera jalousée par Matthew Bellamy : Love Of An Orchestra. Dans la puissance, Charlie a  probablement trouvé un remède à cette douleur qui le tiraillait, et le disque  ne sombre jamais. On vit avec lui les différentes phases de d’espoir et désespoir. On vit avec lui le choc  du vide créé par la rupture (Our Window, I Have Nothing), la nuit avec une fille d’un soir seulement (Stranger), les sursauts d’envie d’aller de l’avant (The First Days Of Spring, My Broken Heart, Blue Skies), une pointe remords (sur My Door Is Always Opened et son final « I love with my heart and I hold with my hands, but you know my heart’s not yours »).

« The First Days Of Spring » a fait l’objet d’un film de 50′ réalisé par le groupe. L’écriture est bien cinématographique sur ce disque qui laisse de la place aux ambiances cotonneuses sans grandiloquence, aux espaces avec des jeux de bruits ambiants et de pedal-steel adaptés. Le trait n’est pas appliqué, les cordes sont effleurées, la voix presque murmurée, les émotions brutes, ce disque est grand, ce disque fait grandir, c’est un écrin de sentiments que l’on gardera pour s’y référer de temps à autre dans notre vie, pas forcément pour les meilleures pages de notre existence d’ailleurs.

Chroniqueur

Tracklist

  1. The First Days Of Spring
  2. Our Window
  3. I Have Nothing
  4. My Broken Heart
  5. Instrumental I
  6. Love Of An Orchestra
  7. Instrumental II
  8. Stranger
  9. Blue Skies
  10. Slow Glass
  11. My Door Is Always Open