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L’Echo Des Liens Enfuis


Un album de sorti en chez .

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Un album pour remettre au goût du jour une certaine idée de la chanson française.

C’est désormais en solo que s’exprime l’ancien leader de Madinka et, après deux EPs, voici enfin un album, annoncé depuis plusieurs mois via notamment la diffusion d’un premier extrait, H.E.L.P, joli manifeste mâtiné de new-wave dont nous nous étions fait l’écho. Parallèlement à sa carrière de musicien, Noël Matteï produit également avec un certain succès et un talent indéniable une oeuvre littéraire et, de fait, “L’Echo Des Liens Enfuis”, à la première écoute, nous renvoie à une certaine idée qu’on se faisait de la chanson française, pour le meilleur et le pire. Pour faire la synthèse, disons que le chanteur français, pour le meilleur, s’est souvent distingué par une capacité à manier notre langue avec dextérité et, pour le pire, a globalement toujours eu du mal à briller par ses talents vocaux, comme si la langue française opposait une résistance naturelle à une déclamation trop affirmée. C’est ce qu’on a souvent appelé le syndrome Gainsbourg, perpétué au fil des décennies par des Murat, Miossec… On a aussi beaucoup glosé sur la difficulté pour les Français de s’approprier la modernité musicale, à l’exception peut-être de Daho (qui est néanmoins tout sauf un chanteur, on y revient toujours), Dominique A (sans aucun doute l’exception qu confirme la règle),  et surtout de Bashung, seul véritable chanteur virtuose de la langue et toujours à l’avant-garde musicale. Depuis sa disparition, on lui cherche un remplaçant, et, soyons clairs, ce ne sera pas Noël Matteï.

Pour autant, son album est loin d’être raté ou indigne d’intérêt. D’abord parce que, sur les treize titres qui le composent, il explore les différents états d’une relation amoureuse d’une plume toujours vive, directe, ni outrageusement crue, ni emphatique ou absconse. Il n’a ainsi pas son pareil pour narrer la routine et la lassitude qui s’installent chez un couple (XX/XY), l’incapacité à retrouver les élans des débuts (H.E.L.P), les désillusions d’une relation fusionnelle (Tu Ne M’Aimes Pas De Trop M’Aimer) ou avec une infinie délicatesse l’indéfectibilité des sentiments contre vents et marées (A Bout Pas Au Bout). Alors, certes, Noël Matteï n’est pas un grand chanteur mais il parvient souvent à déjouer l’écueil en adoptant un rythme qui met les mots en avant, ou alors en invitant quelques voix amies, dont Manu sur A Bout Pas Au Bout, titre qu’on retrouve d’ailleurs sur le dernier album de cette dernière dans une version alternative, ou Buzy, qu’on avait perdue de vue depuis un sacré bout de temps,  sur C’Est Rien.

Musicalement, Noël Matteï adopte une approche moderne salutaire dans la mesure où, plutôt que chercher à donner une couleur unique à son album ou tomber dans un dépouillement qui aurait pu virer à l’appauvrissement, il tente avant tout de trouver l’écrin le plus adapté à chaque morceau. Quelques accords de piano et deux trois gimmicks épars suffisent ainsi amplement à habiller la superbe mélodie de A Bout Pas A Bout, un accord de guitare tendu répété à l’envi et quelques nappes de synthé sont parfaits pour soutenir C’Est Rien, les arrangements new-wave de H.E.L.P ou XX/XY en font des titres imparables. Avec “L’Echo Des Liens Enfuis”, Noël Matteï réussit donc un disque qui parvient à s’inscrire dans une tradition qui, si on aime la malmener, ne nous rappelle pas moins qu’elle a aussi construit les amateurs de musique que nous sommes. Ce qui n’est pas rien.

Rédacteur en chef

La disco de Noel Matteï