Al-‘An


Un album de sorti en chez .

Au paroxysme du profond, aux confins de ce que la musique a de beau !

Oiseaux-Tempête avait frappé très fort avec « Utopiya« , loué de toutes parts pour son ambition artistique et le sens inné du voyage intérieur que le groupe suscitait avec grandeur. C’est notamment en s’extirpant quelque peu du carcan du post-rock, forcément réducteur, que le groupe a pris un réel envol. C’est, comme bien souvent, par le métissage de son propos musical que les artistes ont trouvé le salut, celui qui confère une forme d’éternité à l’artiste, d’infini à son spectre.

Cette notion d’infini prend toute son ampleur avec ce nouvel opus « Al-‘An », qui nous montre que « Utopiya » était tout sauf un paroxysme, une perfection, mais plutôt un mur brisé, fissuré déjà par leur premier album éponyme et début de leur trilogie méditerranéenne. Avec cette nouvelle production, on va plus loin dans le métissage, au prix d’une orchestration encore plus grandiose, et une maîtrise encore plus affirmée. Mais attention, la référence au prédécesseur s’arrête là, « Al-‘An » n’est pas une version « augmentée » d’ « Utopiya », il symbolise le fait que l’expérience a permis au groupe d’explorer son art autrement (les rencontres n’y sont pas anodines) et, clairement, les compères s’en donnent à cœur joie.

L’opus qui nous occupe est la clôture de la trilogie méditerranéenne du groupe, après la Grèce, Istanbul/Sicile nous voilà à Beyrouth, Liban. Le groupe a donc une nouvelle fois marié son « savoir faire » aux musiciens locaux pour une nouvelle invitation au voyage spirituel…

 

« C’est pas la paix pour la paix, c’est la paix parce qu’on arrive plus à faire la guerre »

 

Emprunt d’une magnifique nostalgie lyrique que l’on reconnait aisément à la poésie arabe en générale, l’album surnage, en lévitation avec une distanciation très classe. Néanmoins, est-ce l’histoire récente du Liban, pays fortement marqué par la guerre, mais il y une forme de désolation, qu’on appellerait post-apocalyptique dans d’autres circonstances, dans presque chaque riff de guitare ou arrangement électronique. Mais cette rencontre magique entre ce monde « électrifié » et les instruments traditionnels, atteint des paroxysmes dans l’effet. Le très mélangé et post-apo Baalshamin symbolise à merveille ces deux idées. Encore une fois, la structure culturelle (protéiforme) de ce pays polythéiste est à la fois actrice et vitrine de ce melting-pot artistique.

A d’autres instants, on voit poindre des accès de lascivité, de contemplation. Pouvant être jugés, parfois à tort, comme l’expression d’une forme de mélancolie, ils sont bien plus souvent l’écho d’un for intérieur calme et philosophe, et toujours à la recherche de la beauté en toute chose.

Parfois on se retrouve face à des messages plus diffus, et émerge alors des hybrides magnifiques tels qu’un Electrique Résistance, morceau totalement hors du temps. On est face à une world-music puissante, dont, à notre connaissance, seul Dead Can Dance avait jusqu’ici pu s’approcher.

« Al-‘An » est autant un conte qu’une carte postale ou un mariage. Un mariage qui, malgré lui, résonne comme un acte militant en ces périodes noyées de vulgarité, de paresse intellectuelle ou artistique. L’album ne se vit pas comme tel, mais agit comme une pause dans les flots nauséabonds qui parasitent nos sociétés et nos existences. La parenthèse étant fermée, il est question  de rencontre et d’appétence pour la beauté. Bien entendu, comme il a été déjà été précisé, parler de beauté ne veut pas dire que l’opus se borne à grossir trivialement un trait contemplatif, jugez-en notamment sur les teintes d’agressivités mogwaiennes sur Through The Speech Of Stars.

Cette obnubilation pour la beauté confine à la recherche, une quête telle qu’elle pousse les membres de ce projet à sortir de leur corps pour produire un objet qui les dépasse. De tels disques sont des joyaux, des œuvres presque divines tant elles transcendent l’humanité qui nous anime.

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Tracklist

  1. Pide Más
  2. Te Irá Mejor Sin Mí
  3. No La Voy A Engañar
  4. Me Quiere Mi Perro
  5. Pegadito Al Corazón (Julianita La Texana)
  6. Trigo
  7. En El Mismo Tren
  8. El Canario
  9. En Los Cuernos De La Luna
  10. Paloma Gris
  11. Charly
  12. Vals Del Amor
  13. Te Irá Mejor Sin Mí - Versión Banda

La disco de Oiseaux-Tempête