Elements Of Light


Un album de sorti en chez .

7

La collaboration entre l'électronicien allemand Pantha du Prince et les tintinnabulants norvégiens du Bell Laboratory : un son de cathédrale !

L’Allemand Hendrik Weber, alias Pantha du Prince, est en activité depuis plus d’une décennie et pourtant sa discographie demeure très parcimonieuse avec seulement quatre albums et autant de EPs : on est loin de la prolificité de bon nombre de musiciens officiant dans l’électro et pour qui le moindre tripotage de potard mérite d’être gravé pour l’éternité. Ce goût pour l’économie et le minimalisme se retrouve d’ailleurs dans la musique de Pantha du Prince qui se distingue par des ambiances mélancoliques et un travail très attentif avec notamment l’utilisation de sonorités organiques qui s’équilibrent avec les bruits purement électroniques. Avec « Black Noise », son dernier album sorti en 2010, Pantha du Prince avait marqué les esprits et recueilli une certaine notoriété : s’y révélait en effet toute la singularité de son talent et notamment une capacité étonnante à concilier l’expérimental et l’accessible.

Expérimental, « Elements Of Light » l’est assurément : Weber y travaille en effet en compagnie d’un collectif norvégien, The Bell Laboratory, dont la particularité est de s’exprimer exclusivement avec … des cloches, des clochettes, des carillons et autres objets tintinnabulants. L’idée de ce qui est pompeusement présenté comme une « symphonie collaborative », on le comprend, est d’illustrer la complémentarité entre les sons physiques, organiques, des cloches et de l’électronique.

Uniquement instrumental, « Elements Of Light » se décompose en cinq morceaux et s’articule principalement autour de deux pièces assez longues (plus de 12 minutes pour l’une, de 17 minutes pour l’autre). Sur la première, Particle, la masse physiques des cloches est encore prépondérante et le morceau ne prend son envol qu’après une très longue introduction où le motif mélodique se met en place tandis que les composantes électroniques s’ajoutent une par une : d’abord un invraisemblable son d’infrabasse (audible plus aisément avec un bon casque ou sur une paire d’enceintes), puis le rythme proprement dit et enfin la ligne de basse. La mélodie est jouée sur les cloches du Bell Laboratory et la justesse approximative de ces sons métalliques crée un sentiment déstabilisant qui ajoute un contrepoint à la rigueur mécanique du rythme. La seconde pièce maîtresse, Spectral Split, se veut beaucoup plus lumineuse : l’électronique s’impose d’emblée et la boucle principale est petit à petit envahie d’une luxuriance de cloches et clochettes ; le morceau reste aérien grâce à la forte réverbération des sons métalliques. A la sobriété quasi ascétique de Particle répond l’effervescence de Spectral Split : tout l’équilibre de « Elements Of Light » est là ! Comme toujours avec Pantha du Prince, soulignons le travail sur le son proprement dit, sur sa spatialisation : il est stupéfiant. N’écoutez pas ce disque sur vos enceintes d’ordinateur ou avec un casque de mauvaise qualité, ce serait passer à côté des nuances qui en font la profondeur.

Le descriptif du projet de Pantha du Prince avait de quoi effrayer et faire redouter un pensum assommant ; varié, enthousiasmant et parfois exubérant, ce nouvel album est tout l’inverse. On salue donc la capacité de Weber à faire entrer sans peine l’auditeur dans son univers pourtant unique et exigeant.

Chroniqueur

Tracklist

  1. Wave
  2. Particle
  3. Photon
  4. Spectral Split
  5. Quantum

La disco de Pantha du Prince & The Bell Laboratory