Architecture Of Language


Un album de sorti en chez .

7

Descente aux archives des intemporels

Pere Ubu est ce qu’on peut appeler une énigme, œuvrant dans une nébuleuse expérimentale d’avant-garde depuis le milieu des années 70. Electron libre dans les paysages musicaux qu’ils ont traversé toutes ces années et encore récemment, le groupe se lance dans la ré-édition. « Architecture Of Language » réunis trois albums et un disque de raretés,  le tout glané entre 79 et 82. Éternellement en avance sur son temps? Intemporels semble seoir bien mieux à ces pionniers de la musique alternative…

1979

« New Picnic Time »

The scariest album ever made, tout un programme… Pourquoi plus effrayant que les autres? Notamment ceux du même Pere Ubu? Certainement parce que s’il en est un qui hume la folie anarchique, proprement incontrôlable, il s’agit bien de cet opus. Dissonances, rythmiques sur lesquelles même un Pierre Boulez n’aurait pas craché. Que ce soit un simple piano accompagnant de chants d’oiseaux sur A Small Dark Cloud ou l’orgie vocale complètement bancale de l’introductif Have Shoes Will Walk (The Fabulous Sequel), l’album semble sortir d’une session de thérapie de groupe en institution psychiatrique « pour peines perdues ». Car oui ce qui transpire de cet effort est bien un esprit collage déstructuré,  comme si chacun des intervenants avait travaillé en ermite jusqu’à la production. Alors, de fait, le résultat pourra sembler écœurant à certains, trop fouillis, mais « New Picnic Time » préfigure de la démarche volontairement iconoclaste de la suite de la carrière du groupe qui n’aura de cesse d’alimenter un style musical dont ils semblent être les seuls représentant, entre garage, indus, noise et surtout avant-gardisme…

1980

« The Art Of Walking »

L’art de marcher, un exemple de mouvement harmonieux, de synchronisation, en quelque sorte ce successeur à « New Picnic Time » consistera à casser les bases imposées par lui-même, Pere Ubu ou l’iconoclastie à n-dimensions… En quelque sortes, le groupe retrouve de l’homogénéité par digestion des digressions omniprésentes de son prédécesseur. Bien que l’album paraisse plus léger, il n’est en aucun cas une version épurée de ce qui l’a précédé. En outre, la voix  de David Thomas est toujours si peu bienveillante, maintenant un état de tension anarchique incessant. A contrario, bien que la partie instrumentale n’ait rien de triviale, tout aspect vulgairement « foutoir » a disparu, le propos est plus précis au prix d’une concision bien plus puissante. Le tribal Young Miles in the Basement, par exemple profite d’un agencement parfait d’une multitude de couches musicales, des boucles de boîte à rythme très 80’s à l’orgue, en passant par les apparitions ponctuelles d’éléments indus. Un titre comme Birdies – tient tient une obsession pour l’ornithologie? – pourrait presque faire office d’un titre commercial, à l’échelle de Pere Ubu, avec son post punk à la Devo. Lost In Art lui, en plus de faire office d’une définition en trois mots de l’oeuvre du groupe, frappe par son approche ascétique, une batterie garage à souhait en guise de seule trame, quelques étranges sonorités robotiques et le tour est joué… L’album  se clôture sur des Arabians Nights, sorte de ballade hallucinée, profitant d’un chant (incantations) plus posé, plus délié, mais toujours proprement unique. Au final, « The Art Of Walking » fait office de point d’orgue dans la discographie du groupe, fort d’une maîtrise total de son art, de quoi effrayer pour le coup, plus les membres du groupe que son auditoire…

1982

« Song Of The Bailing Man »

Axé sur les rythmiques, ce nouvel opus se veut jazzy-chamanique. De fait, bien plus accessible que ces acolytes de « Architecture Of Language », l’album l’est par son accointance avec le free-jazz, style identifié. Mais de toute évidence c’est bien le goût pour la liberté d’inspiration qui leur a fait croiser les chemin de ces ambiances. « A Day Such As This » fera office à ce titre de parfaite transition entre la folie théâtrale précédente, et la musicalité plus fluide de l’album. Dissonances annonciatrices du noise naissant, piano baroque et arrangements dignes du Eno de Bowie et des Talking Heads,  « Song Of The Bailing Man » est un condensé d’inspirations pour nombre d’artistes qui suivront. Pour sa part, Pere Ubu, s’évertue à flirter avec les frontières de la composition musicale.

Architectural Salvage

La nouveauté de « Architecture Of Language » tient en cet album de raretés, live et remix. Comme à l’accoutumée avec ce genre de démarche, l’objet ravira les fans collectionneurs, mais en aucun, ne rivalise avec la puissance des trois albums. Plus proche de l’ébauche que de l’aspect aboutis des albums, « Architectural Salvage » offre tout de même une relecture de cette période 79-82 du groupe. Rafraîchissant à défaut d’être indispensable, l’opus nous démontre tout de même encore une fois à quel point le groupe est clairement une expression pure et volcanique d’inspiration artistique.

Groupe majeur au point d’être l’inventeur et seul représentant de son style, Pere Ubu s’expérimente autant qu’il s’écoute, à ce titre le groupe n’emportera jamais l’unanimité. « Architecture Of Language » semble être une introduction parfaite à l’univers du groupe tant chaque disque transpire de différents pans du génie musical de la bande à David Thomas. Bon courage tout de même à l’auditeur non préparé…

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Tracklist

  1. 49 Guitars And One Girl
  2. The Fabulous Sequel
  3. A Small Dark Cloud
  4. Go
  5. Rhapsody In Pink
  6. 2Arabia
  7. The Long Walk Home
  8. Use Of A Dog
  9. Petrified

La disco de Pere Ubu