Muchacho


Un album de sorti en chez .

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Matthew Houck, l'homme derrière Phosphorescent, réussit à réunir l'épique et l'intime dans un des plus beaux disques de country-rock que l'on ait entendus ces dernières années ...

L’americana est en deuil depuis quelques mois. Le décès, triste et tragique, de Jason Molina a laissé un véritable vide, difficile à combler, pour les amateurs d’une certaine idée d’un rock mélancolique, à la fois intimiste et plein d’espaces. Evidemment, il faudra du temps pour déterminer si Phosphorescent peut s’inscrire aussi bien dans la durée que ne l’avait fait Molina, mais ce « Muchacho » est d’ores et déjà une réussite majeure.

Phosphorescent, c’est avant tout le projet d’un seul homme, Matthew Houck, originaire de l’Alabama, encore assez jeune mais à la biographie déjà mouvementée, comme le prouvent les quelques interviews que l’on peut trouver de lui. On n’a rien sans rien : si Houck n’était pas nettement esquinté, pourrait-il donner naissance à des chansons aussi incarnées, aussi habitées ? Car au-delà des morceaux proprement dits, la plupart magnifiquement écrits, si l’on s’attache aussi durablement à « Muchacho », c’est grâce à une interprétation qui prend véritablement aux tripes : la voix fêlée, lasse, de Houck, semble charrier avec elle le poids d’une tristesse immémoriale. C’est cette voix, justement, qui apporte son unité à un album qui doit absolument s’écouter comme tel et non comme une simple collection de chansons parmi lesquelles on pourrait faire son choix. C’est encore cette voix, pourtant si peu assurée (on pense parfois à la touchante et puissante maladresse d’un Will Oldham), qui apporte le supplément d’âme qui propulse des titres comme Ride On / Right On ou A New Anhedonia vers les sommets.

Il faut également parler de la production et du son que réussit à mettre en place Houck, une prouesse en soi : alors que la plupart des chansons présentent des instrumentations très riches et accumulent les pistes (guitares, pedal steel, cordes, cuivres parfois …), l’ensemble ne semble jamais surchargé et paraît au contraire plein d’ampleur, plein d’espace, d’une légèreté et d’une élégance rares (écouter Muchacho’s Tune au casque est par exemple un véritable bonheur).

Bien sûr, on pourrait aisément sortir quelques titres du lot – comment ne pas évoquer Song For Zula, bouleversante élégie où Phosphorescent prend ses distances avec les guitares pour proposer un accompagnement sonore de haut vol, entre électronique et cordes ? Ce serait néanmoins ignorer le formidable voyage que Houck et ses musiciens nous proposent : ce n’est pas pour rien que l’album s’ouvre et se referme avec le même chant incantatoire a cappella. Entre ces deux frontières, on revisitera avec bonheur le meilleur du country-rock, qu’il soit classique voire canonique sur Terror In The Canyons (The Wounded Master), mâtiné de soul et de gospel comme sur le choral A Charm / A Blade, ou plus viril sur The Quotidian Beasts.

La seconde moitié de l’album, particulièrement marquante, propose une succession de sommets émotionnels qui ne sauraient laisser indemne tout auditeur doté d’un coeur en état de fonctionnement, l’apogée étant atteinte avec The Quotidian Beasts, lancinante et intense chevauchée vers les plus grands espaces de la country. A la fois ample et fragile, épique et intime, « Muchacho » charrie, de par ses racines clairement américaines, un imaginaire très fort et, grâce à la sincérité de ses chansons, réveille à la fois chez l’auditeur des sentiments variés, complexes, parfois contradictoires. En convoquant à la fois l’universel et le personnel dans un même mouvement d’ensemble, Houck signe un des disques les plus touchants de ces dernières années.

« Muchacho » est un album d’horizons lointains, à écouter en s’imaginant au volant d’une caisse lancée sur les routes rectilignes de l’ouest américain, pour un trajet dont la destination et la durée ne sont encore qu’hypothétiques. Un disque à écouter d’une traite. A écouter de nouveau, à écouter encore et encore. A chérir peut-être…

Chroniqueur
  • Pas de concert en France ou Belgique pour le moment

Tracklist

  1. Sun, Arise! (An Invocation, An Introduction)
  2. Song for Zula
  3. Ride On / Right On
  4. Terror in the Canyons (The Wounded Master)
  5. A Charm / A Blade
  6. Muchacho's Tune
  7. A New Anhedonia
  8. The Quotidian Beasts
  9. Down to Go
  10. Sun's Arising (A Koan, An Exit)

La disco de Phosphorescent