Let England shake


Un album de sorti en chez .

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Soyons clair : même si on voulait aller au plus simple et dire qu’après avoir visité toutes les possibilités de la guitare électrique, de climats radicaux en éclats euphoriques, livré des disques parfois intimes, à la violence rentrée ou exsudée, redéfini plusieurs fois son songwriting, PJ Harvey nous offre cette fois-ci un album plus pop, […]

Soyons clair : même si on voulait aller au plus simple et dire qu’après avoir visité toutes les possibilités de la guitare électrique, de climats radicaux en éclats euphoriques, livré des disques parfois intimes, à la violence rentrée ou exsudée, redéfini plusieurs fois son songwriting, PJ Harvey nous offre cette fois-ci un album plus pop, il serait impossible d’en rester là.

D’abord parce que « Let England shake » est un album au sens premier du terme, un disque qui s’articule autour d’une idée centrale, d’une vision, à savoir évoquer le rapport que chacun entretient à son pays dans une période aussi troublée que la nôtre, évoquer ce qui nous y attache ou nous en éloigne.

PJ Harvey signe donc ici une superbe collection de textes, émaillés de constats souvent acides sur l’Angleterre. Mais attention, le propos tient ici à la seule forme d’engagement qui vaille, à savoir un rapport universel dans lequel chacun peut se reconnaître, on est ici loin des considérations étriquées et du repli identitaire d’un Morrissey. Ensuite, la réussite de cet album tient dans la volonté de PJ Harvey d’aller de l’avant sans laisser de côté les acquis de ses disques précédents. Ainsi, l’ambiance générale est lumineuse, claire, variée, là où « White chalk » était un disque recueilli et grave.

Pour autant, « Let England shake » laisse une fois encore la guitare en retrait et offre une instrumentation riche, ludique parfois, comme avec ce bugle sur The glorious land , d’autres cuivres de ci de là, mais le tout joué en petit comité. Plutôt que de convier trente musiciens, PJ Harvey a ainsi décidé de s’entourer de fidèles multi-instrumentistes, qui l’accompagneront aussi sur scène, John Parish et Mick Harvey (Nick Cave n’a pas fini de s’en raser la moustache) en tête. La voix de PJ Harvey, qui avait  pris une nouvelle dimension sur « White chalk » est également ici à l’honneur. Légère sur Let England shake, mutine, enfantine même puis limpide sur England, elle impressionne par sa montée dans les aigus sur le magnifique On battleship hill. Enfin, cet album nous offre un équilibre parfait entre des compositions audacieuses, sophistiquées, comme l’épique All and everyone ou le surprenant Written on the forehead, des moments plus directs mais extrêmement soignés, comme le parfaitement maîtrisé In the dark places et d’autres, toujours pertinents, qui s’inscrivent dans une longue tradition toujours vivace (On battleship hill).

Face à une telle richesse, un tel accomplissement, un seul mot peut définir cet album : chef d’oeuvre.
C’est évidemment une platitude, mais l’écoute de ce disque parlera tellement par elle-même que l’exercice de la chronique devient avant tout un espace d’expression pour se faire plaisir.

Rédacteur en chef

Tracklist

  1. Let England Shake
  2. The Last Living Rose
  3. The Glorious Land
  4. The Words That Maketh Murder
  5. All & Everyone
  6. On Battleship Hill
  7. England
  8. In the Dark Places
  9. Bitter Branches
  10. Hanging on the Wire
  11. The Colour of the Earth
  12. The Big Guns Called Me Back Again
  13. Written on the Forehead