The Hope Six Demolition Project


Un album de sorti en chez .

Retour de la grande figure du rock anglais après cinq années de silence discographique mais remplies de voyages qui nourrissent ce nouvel album.

Quand d’autres s’enferment dans une obsession à toujours innover qui finit par les ronger de l’intérieur et les envoyer dans le mur, PJ Harvey brille certes par sa longévité et une capacité à se réinventer, mais sans jamais rien forcer. Une volonté d’explorer l’euphorie était ainsi aux commandes de « Stories From The City, Stories From The Sea », celle d’au contraire s’immerger dans la mélancolie a donné naissance à « White Chalk ». Sur « Uh Huh her », l’Anglaise livrait un journal intime, et sur « Let England Shake » son dernier album en date, elle offrait une réflexion parfois caustique sur son rapport à son pays et son histoire. Depuis ce dernier fait d’armes, cinq ans ont passé, ce qui dans une carrière musicale n’est pas rien. Panne d’inspiration ? Eh bien non, après s’être centrée sur l’Angleterre, PJ Harvey a eu envie de voir le monde, de visiter des endroits dont on nous parle rarement en bien (le Kosovo, l’Afghanistan), où dont on évite de nous parler (les quartiers désoeuvrés de Washington), en compagnie du photographe Seamus Murphy. « The Hope Six Demolition Project » tire ainsi son titre d’un projet de réaménagement d’un quartier de Washington et de ses effets pervers, à savoir, comme souvent, chasser les plus pauvres.

Musicalement, PJ Harvey joue sur une certaine continuité et on retrouve autour d’elle les habitués de ses productions précédentes (Flood, John Parish, Mick Harvey…). L’album s’articule autour d’orchestrations directes, où viennent se mêler aux instruments « traditionnels » quelques scories de saxophone (The Ministry Of Defence, Chain Of Keys, The Ministry Of Social Affairs) et autres sonorités, pour donner vie à des morceaux souvent enlevés. « The Hope Six Demolition Project » serait donc en quelque sorte le prolongement du travail entrepris avec « Let England Shake », avec un regard posé cette fois-ci sur le monde et l’évocation de l’histoire remplacée par celle plus brûlante de l’actualité. Et là apparaît un possible malentendu sur la portée de l’album : en effet, PJ Harvey faisant référence dans les textes de l’album à des sujets actuels, on a commencé à parler d’elle comme d’une artiste « engagée ». Or, si on peut admettre qu’avec le temps, l’Anglaise devient plus soucieuse de sa « place dans le monde » et même concevoir qu’elle soit à la recherche d’une quête de sens plus importante qu’à ses débuts, on l’imagine mal, après plus de vingt ans de carrière, se voir en pasionaria d’une quelconque cause plus ou moins altermondialiste. Alors plutôt que considérer les textes de l’album comme du journalisme militant, sans doute est-il plus sage de les appréhender comme ceux d’une artiste qui a toujours écrit sans concessions, avec parfois des mots crus, sans se préoccuper de heurter les sensibilités, quel que soit le sujet abordé.

En revanche, on concédera que, si « The Hope Six Demolition Project » forme plus ou moins un diptyque avec « Let England Shake », il n’atteint pas la beauté de son prédécesseur qui, il est vrai, tenait du chef d’oeuvre tant les audaces, instrumentales, stylistiques, y étaient grandes. Cette fois, on reste dans un registre globalement plus classique. Pour autant, hors de question de crier à l’échec ou à la déception, même si la tentation de toujours mettre la barre très haut avec une artiste de cette envergure est grande. On aime l’emballage direct et sans fard de Comunity Of Hope  et The Wheel, le contraste entre les lignes de guitare tendues de The Ministry Of Defence et son refrain  solaire, PJ Harvey reste une magnifique chanteuse qui fait une fois encore étalage de sa virtuosité quand elle adopte un ton presque mutin sur A Line In The Sand puis s’élance vers les cimes sur River Anacostia, le recours aux choeurs masculins sur l’ensemble de l’album, qui rappelle, pour ne pas dire qu’il cite les Bad Seeds de Nick Cave, est toujours pertinent, et certains titres, au premier rang desquels on placera The Orange Monkey, sont des modèles d’inspiration. Alors finalement quelle est la principale limite de « The Hope Six Demolition Project » ? Peut-être sa dimension contemplative. L’album traduit en effet le résultat d’observations, c’est un disque tourné vers l’extérieur (en comparaison, « Let England Shake » était davantage intériorisé puisqu’il traitait de l’identité) et PJ Harvey a d’ailleurs ouvert l’enregistrement au public, qui pouvait venir assister au travail en cours dans le studio, prolongement finalement assez logique de sa démarche. Mais, c’est le constat qu’on en tire, une oeuvre n’est jamais aussi forte que quand elle vient des entrailles, qu’on sent l’artiste aller puiser en lui et en extirper, parfois avec douleur, ce qui l’agite profondément. Mais PJ Harvey est toujours en mouvement, ne rabâche pas, séduit et impressionne souvent. Bref, elle a toujours la classe.

Rédacteur en chef
  • Publication 1 416 vues15 avril 2016
  • Tags PJ HarveyIsland Records
  • Titres recommandés The Community of Hope
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Tracklist

  1. The Community of Hope
  2. The Ministry of Defence
  3. A Line in the Sand
  4. Chain of Keys
  5. River Anacostia
  6. Near the Memorials to Vietnam and Lincoln
  7. The Orange Monkey
  8. Medicinals
  9. The Ministry of Social Affairs
  10. The Wheel
  11. Dollar Dollar