Threadbare


Un album de sorti en chez .

Port O’Brien, c’est avant tout une histoire de couple. A savoir celui qui lie Cambria Goodwin et Van Pierszalowski depuis le lycée, dans une bourgade californienne. Cette union solide leur a permit de traverser une rude épreuve, à savoir faire face à un deuil suite au décès accidentel du petit frère de Cambria. La musique […]

Port O’Brien, c’est avant tout une histoire de couple. A savoir celui qui lie Cambria Goodwin et Van Pierszalowski depuis le lycée, dans une bourgade californienne. Cette union solide leur a permit de traverser une rude épreuve, à savoir faire face à un deuil suite au décès accidentel du petit frère de Cambria. La musique étant une activité commune depuis leur rencontre, elle sert aussi d’exutoire, et cet album-ci a été fait à San Francisco, dans une communion parfaite, avec les autres membres du groupe, comme il se doit, après deux albums restés dans l’ombre.

On ferait sûrement un raccourci grossier en mettant en parallèle la composition du groupe et son processus créatif, avec ceux d’Arcade Fire, dont l’album "Funeral" a lui aussi été fortement marqué par le deuil. Mais force est de constater qu’effectivement les Montréalais ont laissé une trace indélébile dans le paysage musical du rock indé du continent américain. "Threadbare" débute avec High Without The Hope 3, et il est difficile de virer de sa tête toute référence arcadefirienne. Les chœurs sont discrets, on croit deviner dans la voix de Cambria Goodwin des pleurs qu’elle tente d’étouffer. Sur My Will Is Good, c’est au tour de Van Pierszalowski de chanter, aidé pour cela par une section de cordes étincelante. Les chœurs sur Oslo Campfire (ça ferait un super nom de groupe, tiens), sont là pour sortir de son isolement, essayer de survivre au deuil, avec les autres membres du groupe.

On sent la sincérité et l’humilité qui sous-tendent la création et l’élaboration de l’album, en évitant tout pathos et toute euphorie qui serait considérée comme déplacée. La voix de Cambria Goodwin est très belle, toujours sur la brèche, comme brisée par moments. Sur l’adorable ritournelle Tree Bones, elle provoque des frissons. On dira la même chose de Threadbare. Mais l’ambiance se réchauffe sur Sour Milk / Salt Water, et on rêve d’un duo entre Van Pierszalowski et Win Butler. On a surtout une envie folle de grands espaces, de lâcher prise, de partir et de tout quitter tellement l’énergie véhiculée par ce morceau est plus forte que tout. Il en va de même sur Leap Year, morceau génial. La voix de Van est déchirante sur Calm Me Down, dans la tradition des songwriters solitaires au cœur lourd. Sur Next Season, on entend enfin un duo entre les deux tourtereaux, et c’est ravissant.

"Threadbare" est un album très touchant, intime sans nous donner l’impression d’être voyeur, hésitant sans cesse entre le repli et la tentative de jouir quand même de la vie. On vibre à son écoute, et on fait bien de ranger Port O’Brien bien au chaud parmi nos groupes coup de cœur, en se disant que le coup de foudre va vite se transformer en relation très longue durée.

Chroniqueur

Tracklist

  1. High Without The Hope 3
  2. My Will Is Good
  3. Oslo Campfire
  4. In The Meantime
  5. Tree Bones
  6. Sour Milk/ Salt Water
  7. Threadbare
  8. Calm Me Down
  9. Leap Year
  10. Next Season
  11. (((Darkness Visible)))
  12. Love Me Through
  13. High Without The Hope 72

La disco de Port O'Brien