Pochette ¨Puts Marie

Catching Bad Temper


Un album de sorti en chez .

8

Nouvel album du groupe suisse foutraque.

Comme une exception qui confirme la règle. Quand on demande ce qu’évoque la Suisse, des termes comme ordre, précision, flegme viennent à l’esprit. Autrement dit, à peu près tout le contraire de Puts Marie, groupe à l’univers foutraque, qui aime à faire se télescoper rock, jazz, hip-hop et on en passe et à jouer d’une esthétique volontiers provocatrice. Même la trajectoire de Puts Marie n’est pas rectiligne : formation au début des années 2000 puis, quelques albums plus loin, dispersion de la troupe dans des projets annexes pour se donner de l’air avant des retrouvailles en 2013, un album en 2015 pour, finalement, arriver jusqu’à ce “Catching Bad Temper”.

Alors, ce nouvel album serait-il celui d’un certain recentrage, d’un retour à une forme de “discipline” ? Catalan Heat, lancé en éclaireur, portait en lui à la fois l’ADN du groupe avec son phrasé qui lorgnait du côté du hip-hop couplé à des guitares acérées, tout en gardant une trame resserrée. Et la suite s’inscrit dans ce cadre. Attention, dire que Puts Marie s’est assagi serait exagéré et “Catching Bad Temper” reste un album qui évitera au groupe de se retrouver vite catalogué, et on entendra dans leurs morceaux des lignes rappées, des accords de guitare propres au rock, de petites scories de cuivres sorties tout droit du free-jazz, etc… Mais, cette fois, plutôt que jouer la carte des changements de direction intempestifs qui, à force, finissaient par nuire à l’unité de l’ensemble, le groupe a décidé de changer de perspective : si, avant, la liberté de ton et de schémas était la règle, au risque de laisser s’installer une certaine anarchie, aujourd’hui, chaque élément a droit de cité dans la mesure où il s’inscrit et enrichit les compositions. Conséquence, ce que le groupe perd en folie, il le gagne en consistance et en cohérence. Dit autrement, on pourrait presque considérer que Puts Marie était jusque-là un groupe de scène qui s’échinait à transposer sur disque son énergie et sa singularité et que “Catching Bad Temper” est leur premier album au sens premier, leur première oeuvre pensée comme une entité propre.

“Catching Bad Temper” est ainsi une oeuvre au noir, l’ambiance y est nocturne, tendue, les mélodies corsetées, les guitares évoquent tantôt le blues tantôt la radicalité d’un post-punk emphatique, notamment sur le long et prenant Garibaldi, les plages de synthé épaisses et répétitives planent comme une menace sur le rythme plus groovy de Love Boat, C’Mon et The Waiter sont des ballades graves et intenses, sur lesquelles s’invite un petit rai de lumière, notamment sur le second titre cité, le temps d’un refrain légèrement psyché. Certes, “Catching Bad Temper” est un album qui suinte une certaine angoisse, une vision relativement sombre. Mais la musique de Puts Marie n’en prend que plus de force et de consistance.

Rédacteur en chef

La disco de Puts Marie