In Rainbows


Un album de sorti en chez .

Il y a certainement plusieurs façons d’appréhender l’évolution de Radiohead, suivant l’album avec lequel on les a découverts. Mais pour tous ceux qui les connaissent depuis les touts débuts, difficile de ne pas noter l’évolution « cérébrale » prise depuis « Kid A », alors que les premiers albums du groupe étaient charnels et portés par une émotion directe […]

Il y a certainement plusieurs façons d’appréhender l’évolution de Radiohead, suivant l’album avec lequel on les a découverts. Mais pour tous ceux qui les connaissent depuis les touts débuts, difficile de ne pas noter l’évolution « cérébrale » prise depuis « Kid A », alors que les premiers albums du groupe étaient charnels et portés par une émotion directe et sans fard qui débordait de toutes parts et faisait leur force. Certes, les trois derniers albums étaient porteurs de très bons moments, de morceaux où l’on retrouvait cette émotion à fleur de peau, mais on restait globalement un peu sur notre faim, avec le sentiment que le groupe s’était construit une armure qu’il ne brisait plus que par instants. « In Rainbows » prend donc une allure de planche de salut, de « maintenant ou jamais », une décennie tout juste après « OK Computer ».

Et pour tout dire, le début de l’album nous remplit d’espoir, tant 15 Steps et surtout Bodysnatchers retrouvent une fibre organique sans délaisser les sonorités sophistiquées mises en place sur les derniers albums : ça fait du bien d’entendre les guitares enfler sous les coups de boutoir de la voix de Thom Yorke. Hélas, sans qu’on comprenne trop pourquoi de prime abord, le soufflet retombe tout de suite. Sur Nude, ballade placée trop tôt, quelque chose dérange : sur un registre dans lequel Radiohead nous prenait invariablement aux tripes auparavant, le groupe trousse ici un morceau qui sonne préfabriqué, qui cherche à étaler sa beauté de manière ostentatoire. La suite du disque ne rattrape pas complètement cette mauvaise impression. Les morceaux ne sont pas désagréables, mais semblent baigner dans une sorte de torpeur, rester à la surface des choses sans que le groupe cherche à se mettre à mal, à se torturer. Seul Reckoner sort un peu du lot : la voix de Thom Yorke prend ici des inflexions soul surprenantes, une vraie ambiance onirique et urbaine se dégage. Sur Jigsaw Falling Into Place, le groupe retrouve un peu d’urgence salutaire, mais de manière beaucoup trop brève, et on est déjà presque au bout de l’album…

« In Rainbows » est un album qu’on peut facilement écouter d’une traite sans relever de fautes de goût rédhibitoires, Radiohead gardant un sens de la composition et de l’interprétation qui lui assurent d’éviter le très mauvais. Mais « Kid A », « Amnesiac » et « Hail To The Thief » donnaient l’impression que le groupe cherchait, même s’il ne faisait pas mouche à chaque fois ; alors qu’il émane de « In Rainbows » un sentiment de laisser faire, de refus de se sortir les tripes. Et ça, c’est l’auditeur qui en est la première victime, le procédé de commercialisation de cet album lui ayant déjà assuré sa légende.

Rédacteur en chef

Tracklist

  1. 15 Step
  2. Bodysnatchers
  3. Nude
  4. Weird Fishes/ Arpeggi
  5. All I Need
  6. Faust Arp
  7. Reckoner
  8. House Of Cards
  9. Jigsaw Falling Into Place
  10. Videotape

La disco de Radiohead