Rage Against The Machine - Rage Against The Machine

Rage Against The Machine


Un album de sorti en chez .

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Je ne sais pas si nous étions beaux, si nous sentions bon le sable chaud. En tout cas nous étions jeunes. La jeunesse, c’est fait pour arborer des T-Shirts à l’effigie du Che sans savoir situer Cuba sur une carte ni décrire vraiment les actions de Guevara. La jeunesse, c’est fait pour crier au monde […]

Je ne sais pas si nous étions beaux, si nous sentions bon le sable chaud. En tout cas nous étions jeunes. La jeunesse, c’est fait pour arborer des T-Shirts à l’effigie du Che sans savoir situer Cuba sur une carte ni décrire vraiment les actions de Guevara. La jeunesse, c’est fait pour crier au monde sa révolte avant d’aller se coucher, pas trop tard, après les devoirs, parce que demain il y a école. En cela Rage Against The Machine a été le compagnon idéal de notre adolescence. Un vrai groupe pour jeune.

Ce qui séduisait d’emblée chez RATM était finalement ce qui allait s’avérer le plus pénible une fois l’adolescence passée : cette volonté de tenir un discours politique mais sans réel fond, cette révolte affichée par un groupe qui par ailleurs bénéficiait du confortable soutien d’EPIC, un label que l’on hésitera à qualifier d’indépendant. Rébellion docile, colère compatible avec les impératifs du commerce : c’est clair, Rage Against The Machine n’était pas crédible. Pourtant, une fois oubliés ces tics, cette attitude dérisoire, ce qui reste, musicalement s’entend, est plutôt solide. La guitare de Tom Morello, surtout.

Le début des années 90 était riche de découvertes pour les guitaristes. Evidemment, sur le versant le plus indé / expérimental, Thurston Moore et Lee Ranaldo redéfinissaient l’approche même de l’instrument, tandis que J. Mascis proposait une relecture personnelle des longues cavalcades de Neil Young. Au sein des Red Hot Chili Peppers, John Frusciante fascinait par sa capacité à rendre la moindre note funky comme le slip de James Brown, tandis que Dave Navarro propulsait Jane’s Addiction avec un talent polymorphe redoutable. Morello, lui, représentait la puissance, l’explosivité brute alliée à une virtuosité décourageante. Certes, son jeu est plus machinal que celui d’un Frusciante mais Morello fait, et comment, parler la poudre et réussit à tirer de son instrument des sonorités déconcertantes. Grâce à son inventivité, ce premier album reste une invraisemblable collection de riffs mortels, de Bombtrack à Freedom en passant par à peu près tous les titres (Know Your Enemy, Killing In The Name, Wake Up…). Synthétisant une multitude d’influences (du hard canonique de Led Zeppelin aux chevauchées épiques du Metallica des débuts en passant par le hardcore californien des eighties ou, bien entendu, le hip-hop, dictant directement le flow éructant de Zach De La Rocha), Rage Against The Machine proposait un cocktail parfaitement dosé et formidablement stimulant entre brutalité et sophistication. Au confluent de nombreux courants, le groupe réussissait surtout à imposer une vraie personnalité.

Bien sûr, la recette allait rapidement s’éventer et Rage Against The Machine sombrerait bientôt dans le pompier, l’attitude prenant le pas sur la musique. Il n’empêche que le temps de ce premier album, cet alliage de metal et de funk a accompagné bien des révoltes adolescentes : il y a pire compagnon.

Chroniqueur

Tracklist

  1. Bombtrack
  2. Killing In The Name
  3. Take The Power Back
  4. Settle For Nothing
  5. Bullet In The Head
  6. Know Your Enemy
  7. Wake Up
  8. Fistful Of Steel
  9. Township Rebellion
  10. Freedom
  11. Bombtrack - Live
  12. Bullet In The Head - Live
  13. Take the Power Back - Live
  14. Bombtrack - Demo
  15. Take The Power Back - Demo
  16. Bullet In The Head - Demo
  17. Darkness of Greed - Demo
  18. Clear The Lane - Demo
  19. Township Rebellion - Demo
  20. Know Your Enemy - Demo