s/t (Bridge)


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"The Bridge" de Red House Painters fait partie de ces disques hantés que l’on se garde pour des soirs de grosse fatigue. Depuis ses débuts en 1989, Mark Kozelek nous accompagne avec sa voix mélancolique et son songwriting chargé d’une grande tristesse. Mais ici le spleen est souvent accompagné d’une certaine sérénité, et on finit […]

"The Bridge" de Red House Painters fait partie de ces disques hantés que l’on se garde pour des soirs de grosse fatigue. Depuis ses débuts en 1989, Mark Kozelek nous accompagne avec sa voix mélancolique et son songwriting chargé d’une grande tristesse. Mais ici le spleen est souvent accompagné d’une certaine sérénité, et on finit par s’étonner des vertus quasi-thérapeutiques des mélodies de Red House Painters.
 
Le dépressif Evil, placé en ouverture, débute sur rien, ou presque : quelques arpèges lointains accompagnent le chant poignant et introspectif de Mark Kozelek. Et si le morceau semble lent et plaintif de premier abord, il propose une impressionnante progression vers des ambiances plus rock. On décèle là l’immense songwriting de Kozelek, qui repose principalement sur un folk pluvieux se mélangeant avec des ambiances cold-wave. I am a Rock (repris de Simon & Garfunkel) rappelle The Cure, mais le chant triste de Kozelek transcende littéralement le morceau original pour le transformer en une longue complainte triste. On notera aussi le superbe New Jersey, qui tout en flirtant avec des guitares shoegaze, garde une écriture folk noircie par les humeurs dépressives de Kozelek.
 
Car il faut se rappeler qu’à l’écriture de ses premiers disques, Kozelek exorcisait quelques démons, avec notamment ce Uncle Joe au texte déprimant ("Oh, Uncle Joe, could you tell me about what you know ? Of being having mental problems and their solutions, too"). Mais après quelques accords joués sur une guitare acoustique, le morceau se laisse emporter par un étrange sentiment de quiétude, malgré un texte bien cafardeux. Là où certains songwriters seraient tombé dans le piège de l’autodépréciation, Kozelek réussit à transcender ses chansons tristes avec un sentiment d’apaisement. Et après avoir écouté la superbe Shock Me, joué par Kozelek seul avec une guitare acoustique et un piano, on ressent comme une impression, entre plénitude et douleur, qui nous accompagne à l’écoute de cet album chargé d’émotion.
 
Avec Red House Painters, Mark Kozelek compose un slow-core planant et apaisant dont "The Bridge" constitue l’un des plus dignes représentants. Depuis le groupe s’est rebaptisé Sun Kil Moon, et Kozelek semble s’être remis de ses peines en constituant des disques de reprises d’AC/DC et Modest Mouse.

Chroniqueur