Rhume


Un album de sorti en chez .

5

Des fils spirituels de Diabologum ou Programme crient leur désarroi...

Diabologum n’a jamais été aussi présent. Cela va certainement fournir à Michel Cloup et Arnaud Michniak un paquet de belles jambes, mais les faits sont là : on n’a jamais autant cité le groupe toulousain qu’aujourd’hui. En poussant le bouchon un peu (trop) loin, on pourrait même soutenir que les rediffusions récentes de « La Maman et la Putain », qui concourent par ricochet à populariser de nouveau le célèbre monologue de Françoise Lebrun jadis immortalisé par les Toulousains, participent également du phénomène. La situation est d’autant plus fascinante pour ceux qui, comme moi, n’ont pas à l’époque beaucoup aimé, peut-être pas beaucoup compris Diabologum, finalement. Voici l’occasion de s’acheter un peu d’humilité : les faits me donnent tort et Diabologum représente bien aujourd’hui une des références majeures d’un pan significatif du rock français.

 

On a ainsi beaucoup souligné, avec raison, à quel point Fauve devait beaucoup à ces désormais grand anciens. A la faveur de quelques diffusions sur les ondes publiques, le duo Rhume, autre nouveau venu, a bénéficié d’une exposition intéressante. Soyons lucides : Rhume n’aura probablement jamais le dixième du succès de Fauve, le choix d’un patronyme, au sens propre, malade n’y aidera certainement en rien. Si le duo atteint ou dépasse les chiffres de vente de Diabologum à l’époque, cela ne sera déjà pas si mal. Pour autant, on trouvera plusieurs bonnes raisons de se pencher sur ce premier album.

 

Rhume interpelle d’emblée par ses textes, rêches, brutaux, délivrés sans ménagement, plus hurlés que récités. Le duo dézingue à tout va et malaxe des thèmes « classiques » du nihilisme post-adolescent : rejet massif des anciens (BBF expulsés, adressé aux dépouilles de Brel, Brassens, Ferré, Piaf et tous les autres jusqu’à … Vercingétorix), haine de soi, désœuvrement. Ces thèmes sont travaillés sans romantisme, sans volonté poétique, ce qui marque une différence très nette avec Fauve. Pas de giclées fiévreuses de mots adolescents ici, juste des cris d’angoisse désordonnés. Là où Fauve s’adresse toujours à un « tu » énigmatique qui sera toujours vecteur de romantisme et d’espoir, Rhume mouche sa haine, n’a personne en particulier à qui s’adresser, alors envoie tout le monde balader. Tous les textes tapent fort, certains frappent juste : lorsque Rhume parle de lendemains de cuite, on a la tête dans la cuvette et le crâne qui résonne…

 

Le son ensuite : ce matériau textuel pétri de malaise est soutenu par une musique qui en souligne encore plus les aspects désagréables : arythmique jusqu’à la gêne, mal fagotée, bancale, aussi irrégulière et malsaine qu’une quinte de toux. En définitive, plus que Diabologum, c’est peut-être Programme, le projet d’Arnaud Michniak, qu’il faudrait citer et l’on retrouve dans ce premier album de nombreuses caractéristiques qui rappellent « Mon Cerveau Dans Ma Bouche ». C’est d’ailleurs là, dans cette approche extrême et sans concession, que l’on trouve à la fois la force et le principal point faible de ce premier jet. N’ayant rien à perdre, Rhume prend des risques rares… et à force d’agressivité, finit par lasser l’auditeur.

 

Poisseux et gluant comme une soufflée de morve, cet album ne s’écoute pas facilement d’une traite – saturation à peu près garantie à la moitié du parcours. Pour quelques fulgurances comme Tempête Dans Un Verre d’Eau ou Je Vais Pas Me Coucher Comme Ca, on gardera néanmoins un œil attentif à la suite de la carrière de Rhume.

Chroniqueur

Tracklist

  1. Début
  2. Biarritz
  3. BBF Expulsés
  4. Tempête dans un verre d'eau
  5. Le pétrole
  6. Le sexe des femmes
  7. Trompe-l'œil
  8. Les baignots
  9. Liquide l'après​-​midi
  10. Rictus & aerosol
  11. Je vais pas me coucher comme ça

La disco de Rhume

Rhume5
50%

Rhume