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Un album de sorti en chez .

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Le premier album d'un groupe à l'appétit gigantesque : excessif et attachant.

Derrière San Fermin se cache principalement le compositeur Ellis Ludwig-Leone, un musicien de formation classique dont l’ambition orchestrale se dévoile nettement au cours de ce premier disque. La démesure pop, le monde indé connaît bien pour en avoir tiré l’un de ses plus grands héros récents, Sufjan Stevens. Et l’on pense clairement (et souvent) à Stevens tout au long des dix-sept titres qui composent l’album.

Commençons par quelques lignes de sévérité. Véritable pièce montée pop-folk, « San Fermin » est un disque excessif : il est trop long, les chansons sont trop chargées, la production pléthorique. On n’est clairement pas dans l’ascèse et les laudateurs du dénuement, les thuriféraires de la sobriété, auront tôt fait de défaillir. En cela malheureusement, San Fermin n’échappe pas aux clichés qui plombent souvent les œuvres des orfèvres pop aux rêves trop grands. Trop d’instruments, trop de notes, trop d’ambition pour dégager au final une impression trop démonstrative. Comme si l’enjeu était d’abord et avant tout de montrer que l’on pouvait faire beaucoup de choses, plutôt que de les faire avec cohérence. La frime l’emporte alors sur l’émotion et l’unité d’un disque qui apparait d’abord comme un gigantesque vide-poches.

Pourtant cet album distille aussi un charme persistant : les compositions sont, pour beaucoup d’entre elles, de qualité, les refrains entraînants ne manquent pas. En contrepartie de leur manque de sobriété, les arrangements complexes et ambitieux démontrent aussi toute la maîtrise dont les musiciens pourront faire preuve collectivement à condition de dompter leur appétit d’ogre. Surtout, l’enthousiasme et la fougue qui se dégagent nettement de ces chansons emportent au final l’adhésion. On verra donc dans ce premier essai des erreurs de jeunesse classiques et vite pardonnées : nombreux sont les groupes qui, pas certains d’avoir plusieurs fois l’occasion d’enregistrer leurs chansons, veulent placer dans un premier album l’ensemble de leurs idées, de leurs références, de leurs envies.

Le premier album de San Fermin fonctionne ainsi par vagues : le sentiment que le groupe en fait trop est rapidement effacé par l’évidence de son talent, évidence elle-même contredite l’instant qui suit par une faute de goût. Parce qu’il y a derrière tout cela un véritable potentiel, il faut faire preuve de mansuétude et accueillir avec bienveillance ce premier album, premier essai touchant d’un très bon groupe en devenir.

Chroniqueur

La disco de San Fermin

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