Are We There


Un album de sorti en chez .

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En toute objectivité, "Are We There" est une merveille.

Certains groupes, chanteuses ou chanteurs, jouissent d’un pouvoir exorbitant, ils exercent sur nous un magnétisme incompréhensible dès les premières paroles et les premières mélodies.

Sharon Van Etten fait partie de ceux là, dès les premiers accords et les premiers mots, le charme opère, vous êtes pris, c’est l’addiction qui guette, vous savez que vous venez de découvrir un artiste qui ne vous quittera plus.

Vous vous surprenez à écouter alors que très souvent vous vous contentiez d’entendre.

Vous aviez pris l’habitude de consommer de la musique mais là c’est un délice sonore qu’on vous propose, vos sens sont en émoi et vous savourez lentement en fermant les yeux.

“Because I Was In Love” en 2009, le premier “long” essai de Sharon, laissait beaucoup de place au chant avec un accompagnement musical des plus sobres. On découvrait la folk noire soyeuse de cette fille introvertie de 20 ans issue d’une famille nombreuse du New Jersey.

Avec “Epic”, son 2nd album de 2010, Sharon prenait de l’assurance, de l’incipit A Crime au dernier morceau Love More, s’offraient à nous des compositions somptueuses et variées qui gagnaient en intensité. En rien vaniteux, le titre évoquait le cheminement de la chanteuse, elle insistera d’ailleurs sur l’utilisation d’un “e” minuscule pour éviter toute méprise quant au sens de ce titre.

Love More, le morceau qui conclue ce disque est tout simplement d’une profondeur admirable, la plainte de l’harmonium, la mélodie envoutante et ce timbre qui n’appartient à personne provoquent un subtil ravissement.

“Tramp” en 2012, confirmait le talent de la jeune femme, Sharon nous faisait un sublime compte rendu lyrique de ses errances et de son parcours initiatique commencé avec “Epic”. Aaron Dessner (The national) à la production, sublimera les compositions avec des orchestrations ciselées quasi idéales.

Compte tenu de la teneur de ce triptyque et du chemin déjà parcouru, on attendait ce 4ème album, il faut bien l’avouer, avec une certaine fébrilité.

Est-ce que l’envoûtement délicieux allait opérer à nouveau ?  Est-ce que l’émotion serait au rendez-vous ?

La réponse est oui, mille fois, oui ! Nous avons écouté d’une traite les 48 minutes d'”Are We There” et cette émotion ne nous a pas quitté.

Ce nouvel album nous confirme, s’il en était besoin, le talent incomparable de cette compositrice qui, une nouvelle fois, provoque l’admiration.

Dès Afraid Of Nothing, la magie opère, les premières paroles et la voix profonde de Sharon deviennent extatiques et vous transportent littéralement. Le choix de ce titre lumineux en introduction est assez génial.

Taking Chances, single diffusé pour la promotion, surprend divinement. Il y a la voix que nous pensons être celle de Torres en arrière plan et ce tempo si singulier. Sharon Van Etten chante dans un registre dans lequel on ne l’attend pas et c’est une grande réussite.

L’ironique Your Love Is Killing Me et son emphase finit de vous séduire si vous n’aviez pas déjà succombé, ampleur, rythme, tout y est. Quant au lascif Our Love, il nous replonge dans “Epic” de la plus belle des manières.

Que dire encore de la douce tristesse de Tarifa ? Ses accords simples et cette voix qui s’installe à mesure que les secondes s’égrainent.

On pourrait comme ça disséquer chacun des morceaux, vous parler de l’ineffable You Know Me Well, des premières notes subtilement plaintives de Nothing Will Change, tenter de retranscrire la sublime mélodie au piano de I know, faire les louanges d’Every Time The Sun Comes Up dont le tempo et les envolées lyriques provoquent une belle addiction ; mais les qualificatifs élogieux risquent de nous faire cruellement défaut.

Et puis, il y a ces quelques secondes faussement volées à la fin de ce disque, secondes pendant lesquelles s’échappe le rire désarmant de Sharon, et là, nous le confessons, nous avons défailli.

Vous l’avez compris (ou alors c’est à désespérer), nous ne sommes qu’à mi parcours de 2014, mais Are We There figure d’ores et déjà dans les albums de l’année : il vous faut l’écouter.

Chroniqueur

Tracklist

  1. Afraid of Nothing
  2. Taking Chances
  3. Your Love is Killing Me
  4. Our Love
  5. Tarifa
  6. I Love You But I'm Lost
  7. You Know Me Well
  8. Break Me
  9. Nothing Will Change
  10. I Know
  11. Every Time the Sun Comes Up