Not Somewhere


Un album de sorti en chez .

7

Le retour en quasi-solo de Colin Huebert.

Il y a quatre ans, Siskiyou publiait « Nervous », superbe témoignage de la période trouble vécue par son leader Colin Huebert, atteint d’un étrange mal à l’oreille interne, et troquait les ambiances épurées et éthérées du folk pour une pop ample, ambitieuse et tout en montagnes russes, parfaite expression de la détresse intérieure. Depuis, Colin Huebert va mieux, est à la tête d’une toute nouvelle famille, s’est installé à Toronto et revient, avec ce nouvel album, aux ambiances pures et simples des débuts de Siskiyou.

Dit comme ça, pervers que nous sommes toujours à la recherche de souffrances transcendées via la création musicale pour notre plus grand bonheur, on en vient à regretter que Colin Huebert n’ait pas été victime d’une rechute. De fait, « Not Somewhere », qui est presque un album solo auquel Siskiyou ne sert que de prête-nom, est beaucoup plus linéaire sur la forme, les arrangements sont discrets et soignés mais sans le relief exceptionnel de « Nervous ». Mais comme on ne peut se faire à l’idée que cet album n’ait été qu’une parenthèse – enchantée pour les amateurs de pop indé, au mieux cathartique pour Colin Huebert – on cherche partout dans « Not Somewhere » ce qui peut nous y rattacher de près ou de loin. Et, que ce soit une conséquence de la période « Nervous » ou pas, on décèle que le songwriting de Colin Huebert cultive une certaine intranquillité, ne s’autorise plus à rester immergé dans une torpeur indolente. Le chant lui-même, entre le susurrement et une sourde déclamation travaillé pour faire apparaître la voix en écho dédoublé crée un climat légèrement inquiétant, même dans les morceaux à priori les plus sereins, et se fait presque menaçant sur d’autres, notamment Nothing Disease, morceau qui plus est dominé par une basse métronomique et quelque peu obsédante.

Autre élément, si les morceaux sont relativement concis, la palette des arrangements varie de l’un à l’autre et évite à « Not Somewhere » de renouer avec la monotonie des premiers albums du groupe. L’accord de piano et le pont instrumental au milieu de Silhouette offre une vraie beauté au morceau, les accords de guitare serrés, la caisse claire et le piano sur What Ifs offrent une vraie tension salutaire. Au final, plutôt qu’un retour en terrain connu et balisé, « Not Somewhere », au fil des écoutes, se révèle davantage comme l’album d’un auteur en quête de stabilité mais qui connaît mieux qu’avant la fragilité de la vie et les caprices de la création. Unreal Erections/Severed Heads, entre gravité et euphorie, en est un bel exemple.

Rédacteur en chef

Tracklist

  1. Stop Trying
  2. What Ifs
  3. Temporary Weakness
  4. The End II /// Song Of Joy
  5. Untitled 32 (live off of the land)
  6. Dying Dying Dying /// Wake Wake Wake
  7. Unreal Erections /// Severed Heads
  8. Nothing Disease
  9. Silhouette
  10. Her Aim Is Tall
  11. Stop Trying (jubilant reprise)
  12. Unreal Erections /// Severed Heads (alternate outro)

La disco de Siskiyou

90%

Nervous

Keep Away The Dead
0%
S/t
0%

S/t