Sophie-Meriem Rockwell - ...Et La Chute

…Et La Chute


Un album de sorti en chez .

D’abord, le rejet. "… Et La Chute", avec son chapelet de chansons cachectiques, évoque un oisillon trop tôt tombé du nid. Une image à la fois dérangeante et apitoyante, qui donnerait d’emblée envie d’abréger les souffrances de l’animal blessé. Il faut alors se demander ce qui provoque cette première réaction épidermique, se mettre volontairement la […]

D’abord, le rejet. "… Et La Chute", avec son chapelet de chansons cachectiques, évoque un oisillon trop tôt tombé du nid. Une image à la fois dérangeante et apitoyante, qui donnerait d’emblée envie d’abréger les souffrances de l’animal blessé. Il faut alors se demander ce qui provoque cette première réaction épidermique, se mettre volontairement la puce à l’oreille, gratter là où ça démange pour parvenir à se confronter à l’essence d’une musique bien plus courageuse qu’il n’y paraît.

"… Et La Chute" n’est pas un album facile à aimer. La voix souffreteuse de Sophie-Meriem Rockwell n’aide pas beaucoup à rendre plus aisée l’approche de son univers où le désespoir se fait dérisoire, où la dérision se veut désespérée. Au fil des écoutes pourtant, le paysage se dessine plus nettement. Là où l’on ne distinguait qu’un amas d’instruments bricolés, on commence à percevoir des nuances, des mélodies charmantes, parfois désarmantes de vulnérabilité. Tout tourne de travers dans le monde de Sophie-Meriem Rockwell, et si ses chansons évoquent parfois une boîte à musique, c’est une mécanique concassée qui tourne tant bien que mal, un lapin Duracell en bout de course qui ne parvient plus à tenir le rythme. Les paroles, également écrites sur le même mode déréglé, prennent un malin plaisir à se déjouer d’une lecture facile : allitérations et figures de style se téléscopent autour de phrases qui s’éloignent du rythme des chansons. C’est pourtant lorsque les diversions se font plus discrètes que les textes touchent le plus (Mon Amour J’Etouffe, Sur Le Pont Promenade).

Parfois totalement hors sujet (Tut Tut Pouet Pouet, Et Ce N’Est Pas), Sophie-Meriem Rockwell impose le plus souvent une douceur vénéneuse qui n’est pas sans évoquer l’insondable tristesse d’El Perro Del Mar, l’instantanéité pop sixties en moins. Désagréable à la première écoute, "… Et La Chute" distille en définitive un charme discret, impose la petite musique dépressive de son auteur. Chanter la tristesse en évitant le théâtral, en gardant de la distance et de l’élégance, est loin d’être chose facile. Sophie-Meriem Rockwell y parvient et s’inscrit de plain-pied dans une belle tradition de chroniqueurs de l’intime : pas si mal pour un disque aussi effacé.

Chroniqueur

La disco de Sophie-Meriem Rockwell