Stephan Eicher - I Tell This Night

I Tell This Night


Un album de sorti en chez .

On devine l’indignation somme toute légitime qui pourrait saisir tout lecteur régulier d’Indiepoprock.net à la vue de cet article. Convenons-en, Stephan Eicher, l’insubmersible casse-bonbons de Déjeuner En Paix ou Pas d’Ami Comme Toi, n’est pas le premier artiste que l’on s’attend à croiser sur les pages d’un site dédié à la pop et au rock […]

On devine l’indignation somme toute légitime qui pourrait saisir tout lecteur régulier d’Indiepoprock.net à la vue de cet article. Convenons-en, Stephan Eicher, l’insubmersible casse-bonbons de Déjeuner En Paix ou Pas d’Ami Comme Toi, n’est pas le premier artiste que l’on s’attend à croiser sur les pages d’un site dédié à la pop et au rock indépendant. Et pourtant, il est bon de se souvenir qu’avant de devenir un insupportable braillard moralisateur (bien aidé dans son œuvre par les textes balourds de Philippe Djian), Stephan Eicher fut un ménestrel de rock minimaliste très inspiré : "I Tell This Night" en est la preuve indéniable.

Entamé par le très bon morceau-titre, ce court album est rapidement propulsé par le tube Two People In A Room, sur lequel l’aisance mélodique d’Eicher est sensible : on y sent déjà une aptitude à trousser, fut-ce sur un matériel rudimentaire, des chansons fédératrices. Certaines envolées lyriques sont clairement marquées par les parangons du stadium rock émergent de l’époque, U2, Big Country ou Simple Minds, mais Eicher garde également à l’esprit les grandes leçons des maîtres du minimalisme, les Young Marble Giants. Le résultat est un album paradoxal, entre variété new wave (No Escape) et rock intimiste (Where Did Our Love Go). L’instrumentation « maison » apporte une fraîcheur supplémentaire : les boîtes à rythmes sont très audibles, mais au final pas beaucoup moins fines que les bourrinages complexes de Manu Katché sur "Carcassonne" (souvenons-nous de l’attentat de ce dernier sur le titre Des Hauts, Des Bas, ruinant de ses martèlements de forgeron les élégantes guitares de Richard Lloyd).

Evidemment, on retrouve déjà les ingrédients qui allaient, quelques années plus tard, devenir les caractéristiques les plus allergènes du style du Suisse, et en premier lieu cette voix éraillée à l’accent marqué. Mais ce qui allait bientôt s’avérer insoutenable reste encore acceptable à l’époque de "I Tell This Night". Osons l’écrire, cela participe même du charme de ces huit titres, certes très inégaux, mais qui recèlent quelques beaux moments qui laissent à penser que le Suisse avait peut être mieux à proposer que ce que la suite de sa carrière allait donner à entendre…

Chroniqueur