Eraserland


Un album de sorti en chez .

8

Retour d'une figure prometteuse puis un peu brouillée.

Quand on a découvert Tim Showalter et son projet Strand Of Oaks en 2015 avec « Heal », c’était déjà son quatrième album, mais celui-ci s’affirmait comme le disque dans lequel son auteur, dans la veine de Kurt Vile ou The War On Drugs, réussissait enfin à imposer son songwriting teinté de guitares sur quelques titres forts et nous laissait espérer de grandes choses pour peu qu’il parvienne à canaliser le côté chien fou et inégal de ses morceaux. Et patatras, sur « Hard Love », paru en 2017, c’est le contraire qui s’est produit et on a pas du tout accroché à ce condensé de rock vaseux vaguement héroïque et souvent pompier. Mais « Hard Love » n’a pas seulement laissé les potentiels fans sur le flanc puisque Showalter lui-même s’est demandé s’il avait fait les bons choix et a sombré dans la dépression.

Tant mieux, dirons-nous avec une méchanceté assumée, sachant que, encore une fois, en tant qu’amateurs de musique à la recherche de sensations, nous nous nourrissons, que nous le voulions ou non, ne serait-ce qu’en partie, des vicissitudes des artistes qui font le sel de leurs créations. « Eraserland » s’annonçait donc pour Strand Of Oaks comme l’album de la rédemption, en tout cas en surface, et si on a traîné des pieds avant de chercher à savoir si la promesse serait tenue, la faute aux mauvais souvenirs de 2017, on a fini par s’immerger dans l’album. Objectivement, ne nous mentons pas, Tim Showalter a beau être épaulé par les membres de My Morning Jacket, tout le monde n’y trouvera pas son compte, mais ceux qui y resteront le plus hermétiques seront certainement les mêmes qui pointaient davantage les défauts que les qualités de Strand Of Oaks à l’époque de « Heal ». Ainsi, un morceau comme Visions est clairement clivant : impossible de donner totalement tort à ceux qui pointeront le pathos excessif du refrain, les synthés qui viennent gonfler le son derrière les guitares. Dans le même mouvement, on ne saurait néanmoins nier que le chant de Showalter est sincèrement poignant et que la mélodie à fleur de peau ne laisse pas indifférent.

Bref, installés dans cet entre-deux, on pourrait vous laisser là et vous dire de vous débrouiller tout seuls avec l’album (ce que vous ferez de toute façon). Mais, une fois qu’on a dit que Strand Of Oaks était par nature apte à diviser, on peut objectivement affirmer qu »Eraserland » est un disque nettement plus digeste que son prédécesseur, plus resserré sur l’essentiel et aux scories limitées à quelques effets de manche sans grandes conséquences. C’est aussi un album plus égal, qui oscille entre morceaux pop rock aérés et directs, tels Weird Ways et Moon Landing, et ballades qui, plus que mélancoliques, sont l’expression de blessures pansées et en phase d’être surmontées, on en veut pour exemples Wild And Willing ou Eraserland. Bref, en 2019, Tim Showalter va mieux et Strand Of Oaks offre de nouveau un album de belle facture. Par prudence, on ne vous dira pas qu’il a tiré les leçons de ses erreurs sur le long terme, contentons-nous du présent.

Rédacteur en chef
  • Pas de concert en France ou Belgique pour le moment

Tracklist

  1. Weird Ways
  2. Hyperspace Blues
  3. Keys
  4. Visions
  5. Final Fires
  6. Moon Landing
  7. Ruby
  8. Wild and Willing
  9. Eraserland
  10. Forever Chords

La disco de Strand of Oaks

Eraserland8
80%
Heal7
70%

Heal