The Apartments- The Evening Visits... And Stays For Years

The Evening Visits… And Stays For Years


Un album de sorti en chez .

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Ecouter de nouveau "The Evening Visits", c'est retrouver intactes toutes les qualités qui sont autant de bonnes raisons de l'adorer : une écriture limpide, intemporelle, une atmosphère crépusculaire, fascinante...

S’il fallait dresser une liste des albums cultes par excellence de l’univers pop et rock, nul doute que “The Evening Visits… And Stays For Years” y figurerait en bonne place. Ventes et renommée publique limitées, inversement proportionnelles à l’impact que le disque a pu avoir sur certains auditeurs, tempérament et biographie de “perdant magnifique” de Peter Walsh : à part le premier album du Velvet Underground ou celui des Stooges, on peine à trouver des exemples rassemblant avec autant d’évidence tous les critères ad hoc.

Comme souvent, il est utile, indispensable même, de se replonger dans ces chansons, pour aller au-delà de la stature que trois décennies de vénération leur ont taillée. Ecouter de nouveau “The Evening Visits”, c’est retrouver intactes toutes les qualités qui sont autant de bonnes raisons de l’adorer : une écriture limpide, intemporelle, une atmosphère crépusculaire, fascinante, qui hante l’auditeur bien après les derniers coups de tonnerre de The Black Road Shines… Pour résumer les choses simplement, “The Evening Visits” est la matrice indéniable de tout un versant du rock marqué par une mélancolie tenace, empreint d’une émouvante fragilité.

Cette fragilité, “The Evening Visits” la tire d’un son chargé de réverbération naturelle (l’album a visiblement été enregistré dans des conditions précaires comme en témoigne une brève note de pochette indiquant qu’enregistrement et mixage ont été réalisés en une semaine), marqué vers les aigus. La production, plus que spartiate, témoigne de l’économie de moyens avec laquelle le disque a été conçue et donne à la fois un cachet inimitable à ces chansons dont le son plein d’aspérités (saturation parfois, équilibre mal fagoté entre les instruments) contraste avec la composition pure, limpide. Cette constante tension entre l’ampleur des chansons et les imperfections de la production est pour beaucoup dans le côté très touchant, terriblement humain, du disque, une émotion encore magnifiée par la voix, souvent étranglée, parfois chevrotante, de Peter Walsh, une voix qui prend littéralement aux tripes sur les plus grands moments de l’album, notamment All The Birthdays.

Ecouter de nouveau “The Evening Visits”, c’est aussi se confronter à la malchance incompréhensible qui frappe certains protagonistes de l’histoire du rock : signé chez Rough Trade, le groupe de Peter Walsh n’avait à l’époque quasiment pas été soutenu par une structure encore précaire et dont tous les maigres moyens étaient phagocytés par l’explosion d’autres jeunes personnes talentueuses : les Smiths… De là à penser que le destin de The Apartments, sans quelques concours de circonstances, aurait pu être tout autre, il n’y a évidemment qu’un pas. Ce type d’anecdotes, de coulisses de l’histoire, appelle immanquablement une certaine sympathie mais celle-ci ne devrait jamais prendre le pas sur une vérité absolue : ce n’est pas cela qui fait de “The Evening Visits” un chef-d’oeuvre, ce sont les chansons, grandioses, de Walsh. Des chansons d’ouverture (Sunset Hotel, Mr Somewhere), douces et calmes, aux derniers titres beaucoup plus rugueux, on ne trouvera ici aucune scorie, aucune faiblesse.

“The Evening Visits” porte parfaitement son titre : il s’agit d’un disque de crépuscule, un disque de rue déserte balayée par le vent, un disque de vide. Un disque pas toujours agréable, notamment sur une seconde face où la noirceur se fait incontournable, où la violence devient presque inconfortable. C’est aussi et surtout un album dont l’impact demeure toujours aussi marquant, dont le propos n’a pas pris de ride, un disque dont l’écoute laisse encore exténué et hébété.

Chroniqueur