New Wave


Un album de sorti en chez .

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Luke Haines a toujours été un malin. Quatre coups de caisse claire, une suite d’accords irrésistible, et des couplets aigre-doux portés par une voix équivoque auront suffi à nous acquérir quasi-indéfectiblement à la cause de ses Auteurs. Reconnaissons tout de même que pour une pute de bas étage, la Showgirl de Haines avait une classe […]

Luke Haines a toujours été un malin. Quatre coups de caisse claire, une suite d’accords irrésistible, et des couplets aigre-doux portés par une voix équivoque auront suffi à nous acquérir quasi-indéfectiblement à la cause de ses Auteurs. Reconnaissons tout de même que pour une pute de bas étage, la Showgirl de Haines avait une classe folle ! C’est sur la foi de ce titre et d’un premier EP magistral que les Auteurs s’étaient invités au grand buzz de la pop britannique du début des années 90. Fin 1992, plus précisément, le shoegazing est entre deux eaux, et les fers de lance du mouvement s’apprêtent à raccrocher les gants, ou à évoluer vers des paysages plus complexes (Boo Radleys) ; Radiohead pousse ses premiers vagissements sans provoquer d’émois excessifs, Damon Albarn et Graham Coxon n’ont pas réussi à transformer Blur en mètre-étalon de la pop rigoureuse et nerveuse, tandis que les frangins Gallagher sniffent encore de la colle dans leur garage. Dans ce paysage mi-figue mi-raisins, les sensations du moment, les Auteurs et Suede, pratiquent une approche cultivée, très marquée par le glam-rock et les grand disques seventies de Bowie.

« New Wave », cependant, vaut beaucoup mieux qu’un contexte, et propose de la grande, de la très grande pop. Showgirl, attrape-coeur instantané, ouvre la voie à une invraisemblable ribambelle de perles. Bailed Out, Junk Shop Clothes, Idiot Brother, Valet Parking : difficile de tirer du lot les titres les plus représentatifs, tant la qualité de l’ensemble de l’album s’avère incroyablement homogène. On dira également grand bien des arrangements, finement ouvragés, proposant un équilibre miraculeux entre des guitares mordantes, marquées par le son de Mick Ronson, et des instrumentations beaucoup plus fines (guitares acoustiques, xylophone, violoncelle…). Junk Shop Clothes marque probablement le sommet de l’album, en termes d’élégance et de délicatesse. On pourrait, à la rigueur, souligner un milieu d’album un rien en retrait, avant que Valet Parking ne vienne recentrer le débat et donner le coup d’envoi d’un final tonitruant, où la finesse et la sobriété d’un Home Again contrebalancent idéalement l’énergie d’un Early Years ou d’un Idiot Brother.

A l’époque, la presse avait jugé bon d’opposer les Auteurs de Luke Haines au Suede de Brett Anderson et Bernard Butler. S’il faut reconnaître que les deux groupes suivront des trajectoires inverses (les Auteurs peinant à survivre à « New Wave », tandis que Suede ne cessera de progresser), il paraît également nécessaire de préciser que la comparaison n’avait pas réellement lieu d’être. Là où Suede faisait de très belles promesses, Luke Haines livrait, d’entrée de jeu, son premier chef-d’oeuvre…

Chroniqueur

Tracklist

  1. Show Girl
  2. Bailed Out
  3. American Guitars
  4. Junk Shop Clothes
  5. Don't Trust The Stars
  6. Starstruck
  7. How Could I Be Wrong
  8. Housebreaker
  9. Valet Parking
  10. Idiot Brother
  11. Early Years
  12. Home Again