Embrace The Herd


Un album de sorti en chez .

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Après la disparition des Young Marble Giants, le Gallois Stuart Moxham poursuivit sa quête d'une pop intimiste avec "Embrace The Herd", unique album de son projet The Gist ...

C’est sûr, la ligne droite est le plus court chemin pour relier un point A à un point B. C’est souvent aussi le chemin le plus ennuyeux. En culture pop comme dans bien des domaines, les chemins de traverses, les itinéraires bis, les déviations sont autant d’opportunités de découvertes, modestes ou grandioses. Ainsi, parler de The Gist, c’est forcément évoquer Etienne Daho et tout un pan de la pop britannique que le Rennais a, à sa façon, aidé à découvrir. Précisons : tout part de Paris. Du Flore, en fait. Paris, Le Flore : tout le monde aura directement en tête le gimmick synthétique de la chanson la plus mélancolique de l’album « Pop Satori ». Ce que tout le monde ne sait pas, c’est que la chanson s’avère être une réinterprétation. Le morceau original, Love At First Sight, composé par Stuart Moxham, figure sur « Embrace The Herd », l’unique album de The Gist.

Souvenez-vous, on parle ici d’une époque où les liens hypertexte n’existaient pas, où un coup d’oeil sur Allmusic ou Wikipedia ne permettait pas encore de remonter en quelques clics une énigmatique piste tout en écoutant les morceaux en direct. Un patient travail de recherche était nécessaire pour retrouver la trace d’un morceau et le situer dans la carrière d’un artiste. Pour peu que l’on ne vive pas dans une grande ville où l’accès aux disques s’avérait plus aisé, il fallait s’armer d’une opiniâtreté à toute épreuve. Les notes de pochette de « Pop Satori » créditaient Stuart Moxham comme compositeur du fameux Paris, Le Flore et ce fut par hasard que je découvris quelques mois plus tard, à la faveur d’un article des Inrockuptibles, que Moxham avait été à l’origine des Young Marble Giants, l’un des groupes les plus fondamentaux de la pop eighties. Il n’en faudrait pas plus pour me convaincre de dépenser l’argent de poche du mois dans l’achat de « Colossal Youth », l’unique album des Young Marble Giants. Petite déception : je n’y retrouvai pas l’original de Paris, Le Flore. J’y trouvai en revanche un véritable disque de chevet, de ceux qui façonnent à jamais un petit panthéon personnel.

Zappons directement vers The Gist à présent. Après la fin des Young Marble Giants et en convalescence après un grave accident de moto, Stuart Moxham poursuit la même obsession d’une musique intime, un accompagnement minimaliste à la mélancolie du quotidien – une musique d’understatement dont l’apparente innocuité et la désarmante simplicité cachent la puissance émotionnelle. La recette ne change pas beaucoup : un battement binaire souvent obstiné et peu prolixe, une basse au son sec comme un goûter BN et quelques guitares aigrelettes, un synthétiseur aux sonorités surannées, un son basé sur des aigus mixés très en avant, une simplicité dans la composition, l’interprétation et la production qui contribue à créer avec l’auditeur un immédiat sentiment de proximité.

« Embrace The Herd » ne renie donc en rien l’héritage de « Colossal Youth » et l’on en retrouvera bien des caractéristiques. Il manque, évidemment, la voix d’Alison Statton – même si cette dernière fait une apparition fantomatique sur Clean Bridges. Il manque également le charme de la première fois : l’audace de faire de la musique de cette manière n’est plus la même après un album qui a déjà balisé la route. Moxham demeure un excellent compositeur et quelques-unes de ses miniatures enchantent : les bonsaïs dansants de The Long Run ou Fretting Away, la mélancolie discrète de Love At First Sight, déjà cité, la ritournelle Carnival Headache, le rêveur Public Girls… Mais dans l’ensemble, « Embrace The Herd », même s’il mérite amplement un détour attentif, demeure trop inégal pour se hisser au niveau de son glorieux aîné.

Album malingre et mal foutu, « Embrace The Herd » fait se côtoyer, à quelques secondes d’intervalle, le sublime et l’insignifiant. Il montre, à certains égards, la pertinence renouvelée de l’approche des Young Marble Giants et nous rappelle, par ses limites, la fragilité d’une formule dont l’équilibre magique a été miraculeusement trouvé par le trio gallois.

Chroniqueur

La disco de The Gist

Embrace The Herd7
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