La Grande Musique


Un album de sorti en chez .

« Tiens t’as reçu une carte ! » Arthur prend la carte postale que lui tend sa mère. Une carte d’Edgar. Arthur a la crève. Il expectore de toutes ses bronches depuis cinq jours. Et cet enfoiré d’Edgar se tape des vacances aux Etats-Unis. Il la lit. Salut Arthur, Comment vas-tu ? J’ai fait bon voyage, bien […]

« Tiens t’as reçu une carte ! » Arthur prend la carte postale que lui tend sa mère. Une carte d’Edgar. Arthur a la crève. Il expectore de toutes ses bronches depuis cinq jours. Et cet enfoiré d’Edgar se tape des vacances aux Etats-Unis. Il la lit.
Salut Arthur,
Comment vas-tu ? J’ai fait bon voyage, bien qu’à cause des turbulences j’aie failli dégueuler. Enfin ! Y avait les hôtesses ! J’ai passé quelques jours à Phoenix, ou plus exactement à Scottsdale (banlieue riche pour retraités) Il fait chaud. Phoenix est une grosse ville. Je suis un peu déçu. Y a du Smog et on te demande ta carte d’identité pour acheter de la bière. Tu te rends compte ! Maintenant je suis chez mon ami Paul Eastview à Tucson, ville plus au sud d’où je t’écris?

Cinquième album. Cinquième feinte de drible. The Little Rabbits sont les Cruyff, Platini, Maradona, Zidane et tutti quanti du rock : d’un album à l’autre ils nous font un passement de jambes ; à chaque disque ils surprennent en offrant au grand public une musique, une orchestration, différente? à chaque fois on est pris à contre-pied. Et cette fois-ci ils nous ont cassé les reins (mais pas les oreilles) avec un exter-inter : ils nous ont sorti leur « Grande Musique ». Surprise enveloppée dans du papier rose bonbon. Le rose c’est la vie.
Et « Ecoutez-moi tous, bande de cons ! » cet album n’est pas 3715 Secondes de N’Importe Quoi !
Ils nous chantent leurs détentes Sur le Canapé, où défoncés leur « ambition n°1 [était de] devenir footballeur professionnel » Entre machisme et tendresse, ils nous parlent de leur Femme Américaine et de leur adultère Dans Les Bras D’une Autre. Depuis leurs bagnoles (Simca 1000 ou Alfa Roméo Super Sprint) ils nous insultent de prendre le pouvoir avec de La Grande Musique. Et derrière ces textes ?? Un air de polar. Entre jazz libre et génériques de films policiers des années 70. Mixages et percussions. Entre Charlie Parker et John Shaft. Guitare blues et trompette. Entre Miles Davis et Philip Marlowe. Même l’inspecteur Derrick sort son flingue, dans On Dirait un Mort sur le Banc : morceau orchestré comme une enquête. Du prologue à l’épilogue final, le clavier organiste rythme le suspens de l’épisode. Réflexion, course poursuite, attente, agression, coups de feu, sirènes, arrestation. Il ne manque plus que Starsky et Hutch.
Les titres se succèdent ainsi ; tantôt cool, tantôt accélérés. Tels les mouvements de vagues de la côte atlantique, ou alors de ces serpents du désert arizonien, les Diamondbacks.

La ville est plus sympa. Y a pas d’immeubles et les maisons sont rosées avec des tons verts et violets. Y a même un cimetière d’avion. Sinon côté gonzesse, j’en ai rencontré une hier soir. Ça n’avait pas trop bien démarré. Y avait des silences dans notre discussion (problème de langues) Et là elle me demande si j’aime les petits lapins. J’ai répondu que oui mais avec une sauce moutarde. Elle a rit. Et on a passé la nuit ensemble. Enfin ! Je te raconterai plus en détail en rentrant. Take care, buddy !
Edgar

Enième mouchoir en papier qui colle. Reniflements. Arthur pose la carte à l’image d’un cactus sur lequel est écrit en gros « ARIZONA », avale un peu de son thé au miel, et se marre en pensant à son pote en train de parler anglais. Quel con cet Edgar ! Enfin ! Il aura eu sa femme américaine?

P.S. : la pochette de « La Grande Musique » est une ?uvre d’art ! Le titre Des Hommes, des Femmes, des Enfants et le sexe est un chef d’?uvre !

Chroniqueur