Transcendental Youth


Un album de sorti en chez .

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Ce trio américain sort des albums presque tous les ans depuis 20 ans, dans l'indifférence générale en France. Découvrez-les !!

Quand j’ai entendu pour la première fois  » The Life in the World to Come » (2009), mon introduction auprès du trio folk-rock The Mountain Goats, ce sont les mots du chanteur John Darnielle qui m’ont frappé en premier – ce que je n’aurais pas cru possible étant donné la barrière de la langue – et la façon dont il les chantait, avec cette voix tendue, intense. Darnielle articule ses chansons à la perfection, et les phrases se font incisives, ce qui lui vaut sa réputation d’« auteur ».

Genre de héros du folk-rock originaire de Bloomington, Indiana, John Darnielle rappelle un peu le cas Pete Townshend, le sincère chanteur de The Who : comme lui, il a été victime de violences au cours de son enfance (de la part de son beau père), et a trouvé sa propre manière de recycler cette expérience dans ses disques, notamment sur le très autobiographique  » The Sunset Tree » (2005). A ma connaissance, il ne s’est pas engagé auprès d’associations combattant la maltraitance comme Townshend, mais une ligne comme « Do every stupid thing that makes you feel alive/Do every stupid thing to try to drive the dark away », sur la première chanson de Transcendental Youth, révèle une empathie pour l’état d’adolescence. Ses chansons évoquent souvent la construction de l’individu, les forces qui vont faire de lui un adulte. Et même si The Sunset Tree est l’un des albums les plus marquants des Mountain Goats, Danielle est plus enclin à reprendre des personnages aux traits mythologiques ou bibliques plutôt que d’étaler sa propre existence, créant une galerie gothico-comique et construisant peu à peu sa propre géographie à l’échelle planétaire. « Tout endroit sur Terre a sa propre fréquence. Elle n’est pas bonne ou mauvaise, elle est juste là, et si vous pouvez vous y accorder, vous pouvez y trouver un confort. » 

Il a trouvé le moyen d’écrire des histoires sensibles et parfois menaçantes, qui pourraient se résumer, en utilisant ses mots, en des ‘stratégies de survie’. Soit à chaque fois le moyen de faire preuve d’un sens inouï de la persévérance. « Les personnes de mon entourage s’amusent de mon incapacité à la lassitude », reconnaît t-il. C’est pourquoi même après 20 ans, ses chansons restent de petits triomphes pleines d’inspiration.

« Transcendental Youth » s’enfonce plus loin que ses prédécesseurs dans l’évocation d’une obscurité cryptique comme seuls les groupes de black-metal, pensait t-on, en avaient le secret, avec l’imagirie de serpents et de traîtres, de métaphores guerrières, de peuples ou de personnes opprimées. Ca tombe bien, John Darnielle est un amateur du genre, lyriquement comme musicalement, il joue avec les codes. « All Eternals Decks » (2011) était déjà plus noir qu’auparavant, et Darnielle continue dans cette veine, créant des personnages dont les expériences semblent s’approcher de plus en plus des limites de l’existence. En résulte une poésie pleine de feu, d’hallucinations et de lumière sacrée. Les Mountain Goats, après tout, ont un album appelé « The Heretic Pride » (2008), et un autre qui s’inspire d’extraits du nouveau testament. Darnielle en tire une modernité propre, dans sa façon de traiter différentes psychologies et de les diriger vers la rédemption.

Musicalement parlant , un album des Mountain Goats est toujours un peu raide. Darnielle joue pourtant régulièrement du piano, un instrument qu’il semble affectionner pour ses possibilités mélodiques comme percussives, complémentaires d’une batterie très efficace. Sur une bonne moitié des chansons de « Transcendental Youth », des arrangements de cordes arrondissement les angles et permettent aux chansons de se déposer avec une grâce nouvelle. On retrouve aussi l’étonnante contradiction entre la guitare acoustique que charpente la plupart des chansons et la vaste instrumentation qui y est greffée. Autour du trio jouent une dizaine d’invités. Sur In Memory of Satan le groupe fait de l’auto-persuasion en tentant de se plonger dans une sorte de torpeur. D’autres chansons sont plus entraînantes comme Cry For Judas ou The Diaz Brothers, un numéro de rock au piano, bien serré. La basse fretless est plus bondissante que jamais. Certaines notes, Sur Spent Gladiator, dont les mots ‘stay alive’ se répètent comme un mantra, ou Until I Am Whole, semblent s’échapper des tréfonds d’une cathédrale. En final, la chanson titre est celle où les trompettes, tubas et cors se manifestent dans l’esprit d’une marche funéraire de la Nouvelle-Orléans, avec la dose qu’il faut d’impertinence et de liberté.

Chroniqueur
  • Pas de concert en France ou Belgique pour le moment

Tracklist

  1. Amy aka Spent Gladiator 1
  2. Lakeside View Apartments Suite
  3. Cry for Judas
  4. Harlem Roulette
  5. White Cedar
  6. Until I Am Whole
  7. Night Light
  8. The Diaz Brothers
  9. Counterfeit Florida Plates
  10. In Memory of Satan
  11. Spent Gladiator 2
  12. Transcendental Youth