When I Have Fears


Un album de sorti en chez .

9

Après Fontaines DC, The Murder capital édite son premier album et confirme l'Irlande comme la nouvelle place forte du post-punk.

2019 est d’ores et déjà l’année du retour, entraperçu depuis deux ans, des guitares tendues et des propos sans faux semblant, mais il faut remonter bien loin, si tant est que ça ait déjà été le cas, pour voir l’Irlande, et plus précisément Dublin, devenir la place forte d’une nouvelle vague post-punk. Et pourtant, quelques mois à peine après la sortie du premier album des excellents Fontaines D.C, voici celle attendue de « When I Have Fears », premier opus de The Murder Capital, précédée de quelques titres qui ont déjà laissé leur empreinte sur cette année musicale et d’une réputation scénique bien établie. Comme on ne peut évidemment éviter le jeu des comparaisons, alors que Fontaines D.C s’inscrivent dans une veine gouailleuse qui évoque The Fall, le quintet mené par James McGovern convoque par moments la noirceur de Joy Division, à d’autres des fulgurances qui peuvent notamment évoquer, en mode néanmoins moins métalleux, le propos de Therapy ? à ses débuts (on se rappellera qu’eux aussi étaient Irlandais).

Mais, encore une fois, signe des temps qu’on aime réitérer avec un plaisir non feint, The Murder Capital ne sonne en rien comme un groupe formaté comme on pouvait en voir surgir à une époque, pas si lointaine, où les maisons de disque faisaient la pluie et le beau temps, annonçaient le retour du rock selon leur bon vouloir et éditaient au kilomètre des groupes qui reproduisaient les attitudes et les schémas de leurs glorieux aînés sans véritable conviction mais parce qu’on leur avait dit que c’était ce qu’il fallait faire pour « percer ». En 2019, le rock, dans sa version la plus primaire, n’en est plus à une mort ou une renaissance près, et n’est de toute façon plus le genre dominant. En revanche, il redevient assez naturellement le mode d’expression de la petite classe moyenne anglo-saxonne qui a envie de se faire entendre sans y aller par quatre chemins. Avec peut-être un brin de naïveté ou du moins d’idéalisme, on pourrait presque dire que le rock renoue avec son esprit originel.

Ce qui rend par ailleurs une formation comme The Murder Capital intéressante, c’est la capacité à s’inscrire dans une époque sans vision étriquée. Sur « When I Have Fears », on passe ainsi de moments concis et tranchants comme More Is Less ou Don’t Cling To Life à d’autres où la noirceur est plus intériorisée, comme sur la crypto-ballade On Twisted Ground, ou plus poisseuse, sur des morceaux qui usent (et abusent parfois, tout premier album a ses failles) de structures étirées. Les guitares volontairement incendiaires sur Slowdance 2 en font peut-être un peu trop, la voix de James McGovern donne en revanche à Green And Blue une belle intensité dramatique. Sur la durée de l’album, The Murder Capital convainc et réussit à offrir à sa noirceur toute une palette de nuances. Un paradoxe à la hauteur de leur réussite.

Rédacteur en chef

La disco de The Murder Capital